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Danse

"ab [intra]" Véritable somme d'énergie artistique intérieure !

Forte de ses dix-sept danseurs, Sydney Dance Company, dirigée par Rafael Bonachela, offre un spectacle alliant danses classique et contemporaine autour d'une exploration de l'âme humaine dans des clairs-obscurs où tout l'ensemble de la compagnie australienne s'engouffre.



© Pedro Greig.
© Pedro Greig.
Ombres et lumière sur scène avec des clartés blanches et noires qui oscillent, comme les rythmes, entre vivacité et suspensions temporelles, ou le type de danse, contemporain et classique. Comme aussi la musique de Nick Wales à la fois douce et assourdissante parfois. Ce va-et-vient et ces clairs-obscurs sont entre deux pôles sonores, luminaires et artistiques qui nourrissent de bout en bout la création de Rafael Bonachela.

Durant toute la représentation, les corps s'étendent de tout leur long. Parfois en solo, en duo ou en groupe. Synchronisés ou complémentaires, symétriques ou en opposition, ces différents axes rythment la scénographie comme ces chorégraphies qui racontent une exploration de nos instincts primaires et de nos pulsions. La qualité du spectacle est évidente mais pulsions et instincts ne m'ont pas paru être incarnés, sans doute car ma définition de ces deux termes est plutôt perçue au travers d'une force poussive, presque automatique comme sans pilote, voire nous submergeant, que je n'ai pas retrouvée. L'inconscient ne peut en effet être domestiqué.

© Pedro Greig.
© Pedro Greig.
Là, les corps sont autant en harmonie que complémentaire ou en opposition au travers de différentes figures, soit physiques, soit sensuelles avec des mariages très réussis entre les protagonistes qui se découvrent et s'apprivoisent dans un rapprochement où les uns deviennent les autres comme pièces d'un même puzzle. Il y a plusieurs tempos dans les chorégraphies, pouvant être, selon les moments, apaisés et doux, comme vifs et rapides en se mariant parfois dans un même tableau.

Au début, les interprètes marchent, faisant quelques pas comme se cherchant entre eux pour se détacher ensuite en solo, duo ou trio pour effectuer des gestiques très souvent de grande amplitude. Le spectacle est découpé en différents tableaux avec un focus particulier effectué parfois sur un groupe de danseurs comme ce duo dans lequel une sensualité se mêle avec une souplesse des membres inférieurs et supérieurs des deux artistes qui se glissent entre eux, se frôlent, se touchent avec quelques portés toujours en douceur.

Tels des animas et animus, ils se fondent l'un à l'autre comme une seule pièce artistique, esthétiquement fort joli. C'est aussi beau qu'une mécanique qui se meut avec une vitesse d'exécution respectant l'écoulement du temps. Chaque seconde est nourrie de cette poésie, de cette légèreté entre deux corps qui sont appuis et forces, l'un de l'autre. Un tronc se cabre pour former un demi-cercle arrière pour s'appuyer sur le protagoniste ou un levé de jambe rotatif est effectué de façon très proche par rapport à celui-ci. Presque une fusion.

© Pedro Greig.
© Pedro Greig.
Il y a aussi cet autre solo plein de puissance au début, avec des mouvements très larges et ouverts où le danseur lève les paumes en l'air, puis les rabaisse pour repousser des deux mains quelque chose d'invisible, peut-être l'air, un éther ou une force invisible. La démarche est à la fois robuste et relâchée pour finir ensuite comme un effilochement corporel avec une respiration finale très soutenue recouvrant un silence scénique. Ainsi quelque chose de robuste physiquement s'est désagrégée au fil de l'eau comme happée par la scène.

Ailleurs, ce sont deux interprètes qui glissent sur les planches pour se mouvoir. Tout semble léger et pourtant l'ancrage au sol est très présent. Dans cette mosaïque de duos et de trios, les pointes de danse classique accompagnent les gestiques avec des jambes levées très haut. Des mouvements courbes s'allient à des rotations et à des déplacements comme poussés, pour ces derniers, par une force motrice.

© Pedro Greig.
© Pedro Greig.
Puis cela avance, recule, tout en synchronisation. En groupe et campés sur le dos en gonflant le tronc avec l'appui du bas du crâne pour le faire décoller du sol de façon circulaire, les artistes appuient leurs jambes sur les plantes des pieds pour effectuer une rotation sur la droite. Auparavant, via une bascule corporelle, ils étaient placés le ventre sur les planches. Les mouvements sont beaucoup plus ramassés avec, entre autres, deux poings qui se rejoignent au creux de chaque poitrine pour effectuer un jeté de bras autant en avant qu'en arrière.

Ainsi, durant toute la représentation, les gestuelles évoluent à différents rythmes avec une poésie qui ne se démarque pas d'une certaine force et sans que celle-ci ne soit en tension. Légèreté et gravité s'allient avec grâce et beaucoup de sensualité.

"ab [intra]"

Sydney Dance Company.
Chorégraphie : Rafael Bonachela.
Avec : Natalie Allen, Davide Di Giovanni, Dean Elliott, Jackson Fisch, Jacopo Grabar, Liam Green, Luke Hayward, Morgan Hurrell, Sophie Jones, Dimitri Kleioris, Rhys Kosakowski, Chloe Leong, Jesse Scales, Emily Seymour, Mia Thompson, Coco Wood, Chloe Young.
Composition : Nick Wales (composition originale de Nick Wales avec des passages de "Klātbūtne" ("Presence") de Pēteris Vasks).
Lumières : Damien Cooper.
Costumes et scénographie : David Fleischer.
Durée : 1 h 10.
Avec le soutien du gouvernement australien dans le cadre de la saison Australia Now 2021-2022.


Du 23 mars au 1er avril 2022.
Mardi, mercredi et vendredi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30.
Chaillot - Théâtre national de la Danse, Salle Jean Vilar, Paris 16e, 01 53 65 30 00.
>> theatre-chaillot.fr

© Pedro Greig.
© Pedro Greig.

Safidin Alouache
Mardi 29 Mars 2022

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