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Les deux faces de la Lune

La chronique d'Isa-belle L

Quand on voit une étoile filante... Il paraît qu’il faut un faire à vœu. Mais parfois elle va trop vite. Alors on ne le fait pas. Et on a plus qu’à espérer qu’une autre pointe le bout de son strass. Je n’y crois pas moi. Au vœu qui se réaliserait. Ni aux paillettes d’ailleurs. Et pourtant.



© DR.
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Une étoile a brillé dans le ciel puis elle s’est posée devant moi. Carrément. Une étoile qui s’appelle Estelle. C’est un signe ça ! Je me dois de développer, on ne sait jamais, mon vœu le plus cher pourrait enfin s’exaucer.

"Le soleil a rendez-vous avec la lune. Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend." Charles Trénet.

Amis, et vous tous ici-bas, sachez que moi, l’autre soir, la nuit tombée, je l’ai trouvée : la lune. Et à côté d’elle, une étoile. L’étoile s’appelait Estelle. Stella, en latin. La salle s’est éteinte en un éclair. Estelle, la comédienne est devenue Léna - son personnage. L’étoile a cédé sa place à l’interprète. Et sans chichi, sans paillette, j’ai eu droit à mon coup d’éclat.

J’ai trouvé la lune et le soleil. Pour les trouver il faisait nuit. C’était à Paris, dans le onzième.
Une chance que les étoiles, en réalité, ne filent pas. Estelle est là et bien là. Défilent avec elle, des rimes, des mots, des chansons, des silences et des tableaux.

"Que feriez-vous si vous étiez coincé(e) trois semaines dans votre appartement sans aucun moyen de communication ?" (Sous-titre de son spectacle).

C’est une bonne question Estelle. Que ferions-nous ? À qui pourrions-nous parler en dehors des faux amis d’une plateforme virtuelle qui ne sert qu’à manger de notre temps, de notre énergie et à rendre le plus équilibré des artistes : dépressif.

A son miroir peut-être ? C’est ça. Se regarder en face. Ce que c’est bon de vous regarder Estelle. De vous regarder vous regarder en face. Pas de profil comme s’évertuent à le demander les directeurs de casting. Vous interprétez d’ailleurs une comédienne, vous le savez. Vous le savez bien que plus on grandit, mieux c’est, de se regarder en face.

Une comédienne qui interprète une comédienne qui, après une traversée du désert, se voit embauchée dans une production à laquelle elle ne peut pas aller. Puisqu’elle est enfermée. C’est con. Ou un signe ? Constellation ? Les astres dans tous les états. Y a plus qu’à :
S’interroger. Pourquoi ? S’énerver, sur soi ? Les autres ? Se questionner ? Avouer. Crier. Chanter. Se regarder pour soulager son mal. Se regarder et balancer les mots, les maux, ô ciel ! Voilà que la belle étoile se réveille !

J’aime ! Comme on dit dans le virtuel ! J’ai vraiment aimé, en réalité et je vous le dis en face aussi. Mademoiselle, Estelle Brattesani.

© DR.
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Se regarder en face. Vous voilà enfermée dans votre "1 pièce", à Paris, au loyer exOrbitant – tiens ! Orbite ; on ne quitte jamais le ciel, décidément.

S’enfermer pour mieux se regarder. Rien d’autre à faire justement. Méditer. Sur ce monde qui nous entoure. Comprendre, entendre, écouter, accepter.

Estelle, vous prouvez dans votre spectacle qu’il est inutile de claquer tout son Smic dans des coachings super à la mode où, un interlocuteur, moyennant 50 euros de l’heure, va vous expliquer en moins de 8 heures, comment faire pour "mieux" vivre ?

"Mieux" vivre ? Lutter ? Dans un monde où solidarité, générosité, partage, sont devenus des gros mots. Des vains mots. Tiens ! Devin ?

Ah ! Si seulement… Un devin pouvait apparaître… Et faire disparaître, d’un coup de baguette ou de charabia astral, cette foutue conjoncture ! Pour redonner un bon coup de soleil sur les figures.

Ah ! Estelle, j’aimerais vous dire que vous nous faites du bien à vous regarder en face pendant plus d’une heure et que le remède semble efficace.

La voix qui vous accompagne, sorte de messagère intersidérale, dit à un moment dans le spectacle : "Tout est question d’énergie". Avant, ça me faisait rire ce genre d’ânerie. Avant, j’ai dit. Des spectateurs n’auront peut-être pas saisi sur l’instant. Cette histoire d’énergie. Et la lumière qui reprend sa place dans notre esprit.

En quittant le théâtre de la Main d’Or, j’en étais pleine, d’énergie. Pas seulement parce que je suis une passionnée de sophrologie et que moi aussi, des glaces, je m’en suis prises en face.

Non, j’étais juste pleine d’ondes positives, malgré la pluie. D’ailleurs, les gouttes ont cessé de tomber quand vous êtes sortie. Que de signes, décidément.

Je sais que les étoiles filantes ne filent pas. D’ailleurs, les étoiles existent elles, vraiment ? Je ne sais pas.

Ce que je sais. C’est que votre prénom : Estelle. Vient de Stella.

Ce que je sais. C’est qu’au théâtre de la Main d’Or, plus qu’une main qui est tendue, on offre au spectateur une histoire de vie, interprétée par une étoile qui va, je le prédis, (dé)filer, longtemps.

Mon vœu s’est exaucé ce soir. Une étoile a brillé et sans crier gare, elle a redonné un peu d’espoir à ce mot : humanité.

"Les deux faces de la Lune"

Texte et mise en scène : Estelle Brattesani.
Interprété par l'auteur.
Lumière : Jo Damas.
Arrangements musicaux : Swann Ménigot, Raphaël Giagnorio.
Affiche et vidéo : Rémi Mouret.

Spectacle du 3 octobre 2012 au 2 janvier 2013.
Prolongations jusqu'au 27 février 2013.
Mercredi à 20 h 30.
Les dimanches 20 janvier et 17 février à 17 h 30.
Le samedi 23 février à 20 h 30.
Théâtre de la Main d'Or, Paris 11e, 01 43 38 06 99.

Isabelle Lauriou
Lundi 15 Octobre 2012


1.Posté par gato maurtier le 27/10/2012 12:40
Critique très juste. Je suis allé voir la pièce et je ne peux que recommander !

2.Posté par jann le 26/11/2012 13:57
J'ai adoré, de tout point! à voir et à recommander sans hésitations!!!

3.Posté par bros le 06/12/2012 13:10
A voir sans modération !!! c'est recommander par la sécurité sociale et tous les psys de Paris qui se respectent! on aurait presque envie de se faire enfermer dans sa chambre après ça, juste pour voir jusqu'où on peut aller soi même...

4.Posté par Barbara Ates le 06/12/2012 15:22
Excellent. C'est drôle, juste, cinglant. Estelle est assurément une grande comédienne. Le spectacle peut être vu par tous, y compris les jeunes ados.
J'étais accompagnées de 5 jeunes filles de 13 à 15 ans, elles ont aimé et ri aux éclats.

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© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

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