La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Trib'Une

"Le destin se moque des choix" Notre destinée n'est jamais un lieu, mais une nouvelle façon de voir les choses*

Ce papier est le dernier de l'année et il sera joyeux malgré l'ambiance étrange qui règne dans le monde entier. Il n'y a vraiment que dans la pénombre d'une salle de spectacle, dans ce quotidien fracassé et malgré Noël, que la douceur est à proximité.



© Alejandro Guerrero.
© Alejandro Guerrero.
Le destin, du moins, le mien, m'a conduit au théâtre un soir où, pourtant, j'avais mille raisons de ne pas y aller, autant de prétextes pour éviter de parler, mais annuler ne faisait pas partie de mon plan. Quelle bonne idée, suivre ma destinée…

"Le destin se moque des choix", c'est la pièce dont je vais parler et que je vous conseille chaleureusement au Théâtre Lepic à Paris et partout où elle posera son sobre décor, ce que je lui souhaite vivement. C'est son destin et peu importe qu'il soit d'accord ou qu'il en décide autrement. Qui pour contrôler la pensée finalement ?

Sur scène, il y a deux excellentes comédiennes – Carine Ribert et Lily Rubens – qui, à elles deux, interprètent plusieurs personnages de ce texte très bien écrit par Fabrice Tosoni.

Deux femmes se rencontrent aux urgences d'un hôpital et attendent les nouvelles de l'amour de leur vie, un fils pour l'une, un mari pour l'autre. Un accident qui aurait pu être évité ? Peut-être… C'est en tous les cas ce que raconte l'histoire en faisant vivre à rebours les événements qui l'ont précédé jusqu'à l'annonce finale. Qui va bien, qui va mal ?
Est-ce que ce destin en aura épargné deux ou un ?

© Alejandro Guerrero.
© Alejandro Guerrero.
C'est bien joué, bien fait et j'ai été emportée dès le début par la simplicité d'un décor qui, malgré tout, nous plonge dans l'univers de ces deux femmes perdues, soudain confrontées à un événement dramatique. Qui sont-elles ? Se connaissent-elles ? Que s'est-il passé pour qu'ensemble, elles se retrouvent au même moment, au même endroit ? Le destin ? Encore lui ?

Les deux comédiennes endossent donc tous les rôles, celui du mari accidenté, de l'enfant hospitalisé, des médecins, des patients de comptoir aux urgences de l'hosto, mais, surtout, elles sont criantes de vérité dans les rôles des femmes inquiètes de voir leurs êtres aimés soudain disparaître. Elles sont tendres, émouvantes, drôles et complètement habitées par chacun des personnages qu'elles incarnent sur toute la durée.

Je tairai la fin et la vérité qui éclate, mais, de leur événement, leur vision de la vie en sera transformée, assurément.
Avons-nous vraiment le pouvoir de changer notre destin ? C'est la question que pose ce spectacle.

Je répondrai que ma destinée m'a conduit jusqu'à elles mercredi dernier. J'ignore ce que cela a changé, mais une chose est sûre, cela aura été une excellente soirée.
◙ Isabelle Lauriou

*Henry Miller.

"Le destin se moque des choix"

© Alejandro Guerrero.
© Alejandro Guerrero.
Texte : Fabrice Tosoni.
Mise en scène : Fabrice Tosoni.
Assistante à la mise en scène : Jessica Berthe-Godart.
Avec : Carine Ribert et Lily Rubens.
Scénographie : Capucine Grou-Radenez.
Création lumière : Julien Ménard.
Création musicale : Mathias Louis.
Production : Théâtre Lepic.
À partir de 14 ans.
Durée : 1 h 15.

Du 29 novembre 2024 au 26 janvier 2025.
Du mercredi au samedi à 21 h, dimanche à 17 h.
Théâtre Lepic, Paris 18ᵉ, 01 42 54 15 12.
>> theatrelepic.com

© Alejandro Guerrero.
© Alejandro Guerrero.

Isabelle Lauriou
Mardi 24 Décembre 2024

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024