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Petits moments d'ivresse

Future rubrique "Bouquins"

Quelle belle idée ! Et quel bouquin inattendu ! De la cuite dans les idées ?... C’est ce qu’on s’attend à trouver dans cet ouvrage ; et pourtant, c’est ça et ce n’est pas ça. Certes, on y évoque le souvenir de sévères bitures, on y parle des effets désinhibants de l’alcool, on y avoue le plaisir que l’on a à fréquenter la dive bouteille, mais on y aborde surtout un tas d’autres sujets.



Petits moments d'ivresse
En effet, ce livre est bourré… bourré de confidences rares et intimistes, de révélations inattendues qui en font un bouquin qui va bien au-delà du thème scripto sensu de l’ivresse. C’est un ouvrage qui ne se boit pas cul sec. On le déguste, on le tète, on le laisse revenir en bouche. Un très grand cru.

Moi qui ai pratiqué plus de 3 000 interviews (dont Depardieu, Mocky, Lio, de Caunes, Le Bolloc’h, Ribes, Efira, Tavernier, Bedos, Poelvoorde), le plus souvent dans la plus grande relation de confiance, j’ai rarement vu des gens se lâcher autant. L’effet Kervern sans doute. Bien qu’il connaisse la plupart de ses interlocuteurs, son approche est simple, naturelle, nimbée même d’une certaine timidité. Du coup, les gens se livrent presque sans s’en rendre compte.

Dans ce livre, il y a donc à boire… et à manger. Si certains entretiens m’ont littéralement scotché par la force de leur contenu, d’autres - de loin les moins nombreux - m’ont un peu laissé sur ma faim.

Les interviews qui m’ont emmené au ciel ou sur un petit nuage ? Et pour leur honnêteté, leur franchise, leur fond, leur humilité, leur originalité de ton, leurs informations (y’en a qui dénoncent) : Gérard Depardieu, Édouard Baer, Jean-Pierre Mocky, Miossec, Lio, Antoine de Caunes, Yolande Moreau, Yvan Le Bolloc’h, Amélie Nothomb, Jean-Pierre Darroussin, Fernando Arrabal, Jean-Michel Ribes, Julien Doré, Virginie Efira, Frédéric Beigbeder, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos, Benoît Poelvoorde.

Quant à celles qui m’ont le moins enivré, ce sont celles de Bénabar, Marjane Satrapi, Bertrand Tavernier, et surtout Sara Forestier. Tavernier par exemple a omis de parler de quelques cuites homériques survenues sur ses tournages (Marielle et Mitchell dans Coup de torchon, entre autres).

Donc quatre sur dix-huit, le quota est plus que largement proche de l’excellence.
Il faut lire Petits moments d’ivresse. On y apprend tellement de choses. Et quand on sait qu’il reste pas mal d’autres clients potentiels, on ne peut que souhaiter que Gustave et Stéphanie se remettent à l’ouvrage.

"Petits moments d'ivresse"

Livre d’entretiens réalisés par Gustave Kervern et Stéphanie Pillonca.
Collection Le Sens de l'humour, Editions du Cherche Midi.
Prix : 22 €.

Article publié en partenariat avec >> critikator

Gilbert Jouin
Mercredi 8 Février 2012

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Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
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© Philippe Hanula.
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© Pierre Gondard.
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Safidin Alouache
17/12/2024
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© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024