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I love you, you’re perfect, now change... Un remake français réussi de la comédie musicale américaine

"Je t’aime, tu es parfait… Change !!!", Vingtième Théâtre, Paris

Quand on me parle de comédie musicale je pense spontanément à Gad Elmaleh et sa célébrissime parodie : "Vivre dans un dans un donjon, c’est difficile !", ça me fait toujours rire, même sans lui. Quand on me parle de comédie musicale comme ça : "Vas-y, tu verras c’est géniaaaaaaal !", ça m’horripile !



© A. H.
© A. H.
La comédie musicale, en général, ça m’ennuie ! Et je suis polie.
Jusqu’à cette voix sur mon portable… et cette affiche rouge qui s’est dressée devant moi.
"Je t’aime, tu es parfait, change", traduction de : "I love you, you’re perfect, now change".
Le titre original n’est guère mieux que le titre français mais c’est la vraie traduction et l’affiche me plaît.

Une affiche rouge qui me rappelle…spontanément :
"Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps. Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant/
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir. Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant".

Une affiche qui me rappelle ces paroles de Léo Ferré, simplement.

Rien à voir évidemment. Il est question là d’un spectacle musical créé à Broadway, donc, USA. Oh ! Yeah ! Mais ça, moi, je m’en fiche. Même si c’est écrit, en haut à gauche, sur l’affiche.
J’y vais. Pour l’affiche. N’est-ce pas déjà une bonne raison ?
J’y vais. Et si j’aimais cette Musical Comedy ? Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis, non ?

© A. H.
© A. H.
Paris, 14 Novembre 2013, 18 h 30, je file au Vingtième Théâtre, collants sur les gambettes... c’est qu’il fait froid en ce moment. Je file sans mon amour. L’homme au foyer et sa femme over booked qui prend le subway, pour une petite traversée de Paris, pas vraiment seule mais avec un ami. At home : No jalousie ! C’est beau non ? Ça fait rêver, I know.

Anyway, je ne suis pas à Broadway. Mais à Paris. Au Nord… dans le vingtième. Far from Denfert.

Au Vingtième Théâtre, l’accueil est souriant et sympathique. Le spectacle commence à l’heure, voilà qui me met directement de bonne humeur.

D’abord, un piano et son maître. Puis, des voix. Deux comédiens, deux comédiennes. De dos. Deux hommes, deux femmes. Ils chantent. Les voix se croisent, se superposent et les voilà, de face. Ils sont beaux. Différents. L’histoire commence. Ils chantent, ils dansent. Tout ça à la fois. Une comédie musicale quoi !

© A. H.
© A. H.
Mais ici, au Vingtième théâtre, pas de Roméo ni de Juliette, pire d’Adam ou d’Ève, qui retrouveraient par hasard, dans une forêt sans arbre mais avec deux ou trois biches en 3D, Robin des Bois cherchant sa douce Cléopâtre en rappant misérablement. Pas d’amants de Vérone ou de la Bastille, ni de Shéhérazade ou d’Ali Baba qui, dans les rires et la joie, boiraient une grande tasse de tisane aux orties dans la maison des sept nains en écoutant "Jobi Joba" à la mandoline sans Mozart à la compo, ni Obispo qui serait over booké lui aussi, avec son pote Zorro, pseudo : Pagny, à répéter la suite de "Hors la Loi" entre Patagonie et Miami.

Ah ! Tiens. Les revoilà ! Les États-Unis ! The créateurs de cette comédie. Ici, à Paris, je dis que le spectacle est d’abord une comédie. Bien écrite, pensée et réfléchie. Sur le couple. Évitant les gros clichés. Une comédie subtile et nuancée. La première rencontre, la vie à deux, les parents et leur mine réjouie. Réjouie, peu de temps… puisque le fils leur annonce qu’il va se séparer de la future mariée. Ici présente. Scène hilarante. Suit l’arrivée d’un premier enfant, ces enfants qui deviennent grands, le couple qui vieillit.

© A. H.
© A. H.
Des histoires d’amour. Bien servies. Deux duos pour une comédie et un piano. Deux duos de comédiens pour un spectacle musical intimiste et un pianiste.

J’y suis allée. Vous voyez ? Et ce n’est pas l’idée que je m’en faisais. Ici, pas de décor qui en met plein les yeux, pas de noir entre chaque tableau, pas d’immonde micro, pas de cris, de larmes, de comédiens qui en font trop, pas de vedette pour guider le show mais un show conduit par de délicieux interprètes. Une brune explosive à croquer, craquante, aux multiples talents, la blonde qui, par son jeu, m’a rappelée une Yolande Moreau, pouvant jouer l’émotion et la démesure de mille façons. Et les deux hommes, tour à tour, drôles, attachants, émouvants, accordant leurs voix à celles de femmes, toutes aussi remarquables. Un quatuor d’acteurs, impeccable.

© Sklaerenn Lorand.
© Sklaerenn Lorand.
J’y suis allée. J’ai vu. J’ai aimé. Je recommande cette comédie musicale. Ce n’était pas gagné !
Je suis rentrée dans mon sud parisien natal. J’ai retrouvé le nid. J’ai raconté le spectacle auquel je venais d’assister. Et je me suis mise à chanter. En anglais d’abord.
- I love you, you’re perfect, now change
J’ai repris en français, je crois qu’il n’a pas compris :
- Je t’aime, tu es parfait, change !
"C’est plus joli" en français, il a dit. Mon mari.

Comme quoi ! Les américains ont créé un beau spectacle. Traduit en Français. Les remakes dans ce sens, c’est bien (mieux) aussi.

Tout est bien qui finit bien finalement. Faites comme moi, si vous n’aimez pas les comédies musicales, un conseil, changez ! Et allez-y !

"Je t’aime, tu es parfait… Change !!!"

© A. H.
© A. H.
Comédie musicale de Joe DiPietro et Jimmy Roberts.
Adaptation : Tadrina Hocking et Emmanuelle Rivière.
Mise en scène : David Alexis et Tadrina Hocking.
Arrangements musicaux : Karim Medjebeur.
Avec : Ariane Pirie, Emmanuelle Rivière, David Alexis, Arnaud Denissel et, en alternance, Thierry Boulanger/Daniel Glet (piano).
Création lumière : Stéphane Loirat (Esteban).

Du 16 octobre au 24 novembre 2013.
Du mercredi au samedi à 19 h 30, dimanche à 15 h.
Vingtième Théâtre, Paris 20e, 01 48 65 97 90.
>> vingtiemetheatre.com

Isabelle Lauriou
Mercredi 20 Novembre 2013

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© Philippe Hanula.
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© Pierre Gondard.
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Safidin Alouache
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© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

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Bruno Fougniès
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