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Festivals

FAB 2022 Les fantastiques créatures de Théo Jansen, fabuleux sculpteur du vent, ouvrent le bal du Festival

Pour l'envol de sa septième édition, le Festival International des Arts de Bordeaux Métropole a convaincu l'artiste plasticien d'abandonner pour un temps ses étendues sablonneuses du plat pays où naissent ses prodigieuses "Strandbeests" (bêtes de plage), faisant ainsi découvrir à ses créatures d'autres horizons humides : ceux du fleuve Garonne. Immergeant le passant ordinaire dans un environnement naturel où les arts vivants (210 représentations, cirque, danse, théâtre, musique confondus, dont 145 gratuites) s'entremêlent aux cultures locales, le FAB va irriguer la Métropole cette première quinzaine d'octobre.



"Strandbeests", Théo Jansen © Pierre Planchenault.
"Strandbeests", Théo Jansen © Pierre Planchenault.
Créateur depuis plus de trente ans de ses bêtes insolites douées d'un mouvement autonome insufflé par le seul air du temps, Théo Jansen réunit les qualités d'un ingénieur de haut vol à celles d'un poète "aux semelles de vent", celles dont sont dotés justement ses extra-ordinaires Strandbeests. Ainsi le promeneur du Miroir d'eau, jouxtant en plein cœur de Bordeaux d'autres eaux plus tumultueuses, n'en croyait-il pas ses yeux ce vendredi en fin de matinée, en découvrant s'ébrouer l'une des créatures échappée du bestiaire du maître es-rêveries solitaires. Des rêveries éveillées faisant effraction dans le monde réel du tramway design se profilant au second plan pour infiltrer de manière hallucinatoire l'imaginaire.

Construits avec des tubulures de gaines électriques de récupération, ces êtres gigantesques s'affranchissent du génie de leur créateur néerlandais pour prendre vie… et mourir. En effet, l'évolution darwinienne les concernant au même titre que les créatures humaines nées des micro-organismes marins, certains d'entre eux ont déjà rejoint le cimetière de "l'eau-delà" pour laisser place à de nouvelles générations. Ainsi en va-t-il de la vie engendrée par ce poète lunaire, le vœu de Théo Jansen étant que ses créatures lui survivent pour peupler un monde (re)devenu… "humain".

"Strandbeests", Théo Jansen © Pierre Planchenault.
"Strandbeests", Théo Jansen © Pierre Planchenault.
L'exposition "Strandbeest, The new generation" - qui se tiendra jusqu'au 1er janvier 2023, dans les Jardins de l'Hôtel de ville de Bordeaux et dans une aile du Musée des Beaux-Arts ouvrant sur ces mêmes jardins - a donné lieu à un vernissage d'exception le soir du 1er octobre. Éclairées de l'intérieur et mises en lumières par les commentaires de leur géniteur, les créatures (Rectus, Longus, Extensa, Adulari, Spinalis…) ont conté l'histoire de leur évolution au fil du temps (une trentaine d'années) qui les a vues naître, ce temps court mettant en abyme celui immémorial de l'évolution de la vie sur terre.

Et pour parfaire la magie de l'instant, procurant la vive impression d'assister à la création d'un autre monde, sous la direction du maestro Salvatore Caputo, le Chœur de l'Opéra National de Bordeaux interpréta à la nuit tombée des morceaux du compositeur contemporain Arvo Pärt. Un hymne sensoriel, en 3D et polyphonique, propre à introduire dans la cosmogonie mythique des récits à venir…

"Les Pheuillus", Le Phun Théâtre © J.-P. Estournet.
"Les Pheuillus", Le Phun Théâtre © J.-P. Estournet.
Dans le droit fil de cette matière mise en mouvement, noyau dur des arts dits vivants, ce grand week-end d'ouverture a vu "Les Pheuillus", étranges humanoïdes végétaux, migrer de leurs lointaines contrées vers les terres girondines pour observer placidement - du moins peut-on se l'imaginer - les indigènes de la Métropole tel Montesquieu l'avait naguère réalisé dans ses "Lettres persanes". Des êtres porteurs d'une inquiétante étrangeté (si différents et pourtant si semblables…) éveillant salutairement nos regards portés sur l'étrange étranger…

"Pigments", spectacle "haut en couleur" de voltiges, s'est employé - au travers de figures aériennes réalisées par la douzaine d'artistes volants de la Cie CirkVOST - à nous faire lever les yeux vers le ciel pour nous affranchir de la pesanteur terrestre… Si le scénario, en soi un brin répétitif et quelque peu empreint de déjà vu servant de trame aux trois quarts d'heure d'exploits sportifs, n'était pas de nature à nous faire tourner la tête, les prouesses acrobatiques de ces hardis voltigeurs et voltigeuses avaient, elles, de quoi tournebouler nos sens.

"Panique Olympique /Cinquième !", Cie Vubilis © Pierre Planchenault.
"Panique Olympique /Cinquième !", Cie Vubilis © Pierre Planchenault.
Quant au rendez-vous désormais très attendu - c'était là leur cinquième apparition avant les J-O de 2024 et leurs Olympiades culturelles - de "Panique Olympique/Cinquième !", il a suscité à nouveau une déferlante humaine prenant possession de l'Allée Serr sur la rive droite du fleuve Garonne. En effet, la chorégraphe Agnès Pelletier et son complice Christian Lanes (l'homme au tutu rose portant crânement au final la torche olympienne embrasée) de la Cie Volubilis avaient convié là, en ce dimanche d'ouverture, près de trois cents danseuses et danseurs bénévoles de tous âges de Nouvelle-Aquitaine… avec comme ligne de mire le Graal Olympien se profilant tel un horizon d'attente dorénavant à portée de bras.

Après avoir été coachés(es) de manière chaleureuse et exigeante pendant deux journées, les participants(es) se sont livrés(es) à une chorégraphie contemporaine traversée par l'énergie d'un groupe faisant chorus autour des valeurs partagées de la fantaisie joyeusement transgressive, ADN tramant les éditions depuis les débuts de cette aventure participative. Là, il s'agissait d'un terrain de terres (sic) à explorer pour s'en imprégner au propre comme au figuré. Sur une création sonore enlevée de Yann Servoz, mêlant rythmes accélérés et poses sur images, dans un tourbillon d'assauts désopilants, se fondant avec le matériau doté de vie, les corps n'ont eu de cesse de sculpter l'espace de leurs inventions démultipliées par le nombre.

"Panique Olympique /Cinquième !", Cie Vubilis © Pierre Planchenault.
"Panique Olympique /Cinquième !", Cie Vubilis © Pierre Planchenault.
La clameur de la foule venant spontanément, par un effet heureux de miroir, amplifier le plaisir lu sur les visages des concurrents(es) à ces pré-jeux olympiques… qui portaient toutes et tous le même numéro de dossard ! Un clin d'œil soulignant avec humour et subtilité le caractère irrésistiblement collectif des "performances" réalisées.

Les festivités ouvertes, on attend avec curiosité la suite…

Performances vues dans le cadre du week-end d'ouverture des samedi 1er et dimanche 2 octobre du FAB, Festival International des Arts de Bordeaux Métropole (1er- 16 octobre 2022).

"Strandbeests", Théo Jansen © Pierre Planchenault.
"Strandbeests", Théo Jansen © Pierre Planchenault.
"Strandbeest, The new generation"
Création et conception : Théo Jansen.
Avec la participation du Chœur de l'Opéra National de Bordeaux sous la direction de Salvatore Caputo.
Composition : Arvo Pärt.
Exposition visible du 1er octobre 2022 au 1er janvier 2023, Jardin de l'Hôtel de Ville/Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

Vu lors du Happening du vendredi 30 septembre à 11 h au Miroir d'Eau et lors du vernissage de l'exposition le samedi 1er octobre à 19 h dans le Jardin de l'Hôtel de Ville.

"Les Pheuillus", Le Phun Théâtre © Lizarrieta Kepa Etchandy.
"Les Pheuillus", Le Phun Théâtre © Lizarrieta Kepa Etchandy.
"Les Pheuillus"
Le Phun Théâtre.

Vu tout au long du week-end dans les territoires irrigués par le FAB et visibles jusqu'au 16 octobre 2022 hors les murs à Lormont, Bassens et Bordeaux Rive droite.

"Pigments", CirkVOST © Pierre Planchenault.
"Pigments", CirkVOST © Pierre Planchenault.
"Pigments"
Cie CirkVOST.
Acrobates : Louise Aussibal, Benoit Belleville ; Lutz Christian, Arnaud Cabochette, Célia Cassagrande-Pouchet ; Vassiliki Rossillion, Maximilien Delaire, Théo Dubray ; Tristan Étienne, Jérôme Hosenbux, Florian Vergniol ; Sébastien Lépine, Tiziana Prota ; Lucie Lepoivre, Océane Peillet, Élie Rauzier, Élien Rodarel.
Musicien : Sébastien Dal Palu.
Mise en air : Benoit Belleville, Germain Guillemot.
Création musicale : Sébastien Dal Palu, Simon Delescluse.
Création lumière : Simon Delescluse, assisté de Clément Huard.
Régie générale : Frédéric Vitale.
Régie lumière : Simon Delescluse, Clément Huard.
Régie son Maxime Leneyle.
Costumes Emma Assaud.
Durée : 40 minutes.

Vu le dimanche 2 octobre à 15h sur les Bords de Jalle à Saint-Médard.

Tournée
12, 13, 16, 18, 19, 2 et 21 juillet 2023 : PNC Agora, Boulazac (24).
Projets en cours pour l'année 2023 : Cirk'Aalst (Belgique) ; L'Art Déco à Sainte-Savine (10) ; Festival Expodemo (Portugal).

"Panique Olympique /Cinquième !", Cie Vubilis © Pierre Planchenault.
"Panique Olympique /Cinquième !", Cie Vubilis © Pierre Planchenault.
"Panique Olympique/Cinquième !"
Cie Volubilis.
Conception et chorégraphie : Agnès Pelletier assistée de Christian Lanes.
Création sonore : Yann Servoz.
Durée : 20 minutes.

Vu le dimanche 2 octobre à 17 h Allée Serr à Bordeaux. Danseurs et non danseurs néo-aquitains venus de toute part.

Tournée
En février 2023 : Théâtre le Liburnia, Libourne (33).
1er avril 2023 : Festival À Corps, Le TAP, Poitiers (86).
13 mai 2023 : Théâtre d'Ardoise, Saint-Pierre d'Oléron (17).
17 mai 2023 : Asso C.R.A.C., Dordogne (24).

FAB - 7e Festival International des Arts de Bordeaux Métropole.
Du 1er au 16 octobre 2022.
9 rue des Capérans, Bordeaux (33).
Billetterie : 06 63 80 01 48.
contact@festivalbordeaux.com

>> fab.festivalbordeaux.com

Yves Kafka
Jeudi 6 Octobre 2022

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© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

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