La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

"Chants de l'aube et du soir", la belle harmonie

Cyril Achard et Melody Louledjian ont superbement œuvré ensemble, lui à la guitare et à la composition, elle au chant pour ce CD. Le résultat est là, poétique et délicat. Ces "Chants de l'aube et du soir" se dégustent finement, sur des textes de Fabrice Hadjadj.



© Tristan Scharwitzel.
© Tristan Scharwitzel.
C'est la belle couverture du CD qui d'abord interpelle, qui donne une envie folle. Et ce titre aussi, qui réveille l'imaginaire. Ce sont de surcroît les personnalités des deux artistes qui intéressent. À l'écoute de leur enregistrement sorti en mars 2021, c'est l'originalité du résultat d'un beau projet qui séduit. Lui, Cyril Achard, est un guitariste et compositeur aixois, dont le premier album "Confusion" est sorti en 1997. Son territoire et ses influences ont toujours été très larges : le jazz, le flamenco, la pop, la musique classique et, depuis quelque temps, ancienne. Depuis 2002, son travail est réservé à la guitare sèche (avec cordes en nylon), sur laquelle il compose des pièces qu'il interprète "aux doigts" uniquement, donc sans plectre.

Melody Louledjian est cette jeune soprano française d'origine arménienne, déjà reconnue et appelée tant dans les répertoire classiques et contemporains - elle a autant été une mutine Ciboulette à l'Opéra Comique qu'une Carmen applaudie dans "Le Balcon" de Peter Eötvös au Grand Théâtre de Bordeaux (à ses débuts), qu'une chanteuse désormais indispensable par exemple dans "Les Quatre chants pour franchir le seuil" de Gérard Grisey. Mais son propre territoire artistique s'étend bien au-delà de ces déjà larges frontières. Sous le nom de Melody Lou, elle a interprété au CD des chansons française des années trente en s'accompagnant de son accordéon, en compagnie d'un quartet jazz. Bref leur parcours éclectique destinait ces deux-là à se rencontrer et à travailler ensemble.

© DR.
© DR.
Sur les textes de Fabrice Hadjadj, complice de Cyril Achard depuis 2016, les artistes donnent à entendre neuf compositions originales dont la référence se situerait du côté de la mélodie française, celles de Debussy, Ravel et Fauré. Mais pas seulement, car certains morceaux tels que "Les Oiseaux" s'enrichissent de sections plus libres et improvisées. Alors que la guitare n'est jamais traitée comme une simple accompagnatrice mais toujours comme un membre à part entière d'un duo lyrique, l'interprétation de la Soprano donne, quant à elle, une pureté lumineuse à ces évocations. À la fois énigmatiques et poétiques, ces chants nous parlent du cheminement étrange voire inquiétant d'une héroïne amoureuse et mal aimée en retour. Car ces neuf chants peuvent autant se déguster comme des pièces indépendantes, qu'on peut imaginer en retrouver le secret lien qui les relierait.

Au jeu magnifique de Cyril Achard se marie superbement ce chant (non opératique et c'est bien vu, la formation baroque et contemporaine de la chanteuse étant une bonne école). Les couleurs délicates de la voix très souple de Melody Louledjian s'harmonisent parfaitement avec celles des compositions de Cyril Achard. La Chanteuse orne avec une constante intelligence musicale les mots et les phrases, sur lesquels les accords de la guitare jouent, parfois méditatifs, parfois à la façon d'éclats dansants. Un très beau travail, des plus singuliers.

© Tristan Scharwitzel.
© Tristan Scharwitzel.
● "Chants de l'aube et du soir".
Melody Louledjian, chant.
Cyril Achard, guitare, composition.
Label : Klarthe.
Distribution : [Pias].
Sortie : mars 2021.

Christine Ducq
Lundi 12 Avril 2021

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024