La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Trib'Une

"Au nom du père, du fils, et de Jackie Chan" Ne laissez pas les circonstances vous contrôler Changez les circonstances

N'est-ce pas là un bon présage que de porter comme nom de famille "Fortune" ? Un prénom de bon augure pour ce comédien qui se lance dans une nouvelle aventure. Celle d'un seul en scène où il vient raconter et se livrer pendant une heure et demie. Avant d'assister à ce qu'appelle sa très "smart" metteuse en scène – Anne-Sophie Liban – une mise en espace, j'ai d'abord entendu le texte lors du Festival d'Avignon.



© Vincent Arnaud.
© Vincent Arnaud.
Un texte avec lequel Matthias Fortune vient nous conter son enfance et sa passion pour un héros qui porte le nom de Jackie Chan. De cette star de ciné, maîtrisant l'art martial, le kung-fu en particulier, il en connaît un rayon, Matthias, enfin, Arthur dans le spectacle. Un spectacle désormais bien vivant, mis en musique et en espace avec sobriété, tact et belle maîtrise des mouvements.

Arthur a grandi avec les films de Jackie Chan et dit même de lui : "qu'il lui a sauvé la vie". Quelle vie ? Celle d'un petit garçon qui a grandi au milieu d'enfants pas tout à fait comme lui. Des filles et des garçons porteurs d'un handicap que ses parents ont accueilli des années dans une communauté appelée "Le ruisseau tranquille". C'est beau. Pas uniquement le nom donné à cette association, mais aussi ce désir de venir en aide aux autres, ne pas regarder que son nombril…

Seulement, le point précis de ce solo, c'est mettre en avant les avantages de vivre dans une famille à la fois précieuse grâce à son engagement auprès de l'autre, mais aussi les inconvénients d'être un enfant, celui de deux parents qui, parfois, oublient le leur. Lui. Matthias. Petit. Matthias devenu Arthur pour le spectacle vivant.

© Vincent Arnaud.
© Vincent Arnaud.
Jackie Chan, c'est PaoPao devenu grand. C'est ce qu'Arthur vient raconter lors de ses séances de psy où, adulte, il atterrit pétri d'angoisses, d'émotions en pagaille, de mots qu'il n'a pas dit, de colères qu'il n'a pas assouvi. Les maux d'un enfant qui s'est trop souvent tu, face à ses parents. C'est si fréquent. En parlant de PaoPao, ce petit garçon élevé à la dure dans une école d'art martial où il restera des années avant d'en sortir haut et grand, il va se battre, combattre, perdre et gagner. Gagner son étoile de star de ciné ! Pour le petit Arthur, c'est un modèle et d'ailleurs lui aussi s'entraîne. Jackie Chan est son héros comme d'autres à son âge voulaient ressembler à Superman !

Matthias Fortune est un excellent comédien, il se glisse dans la peau de chacun des personnages – les parents, les pensionnaires de l'association, son héros, la psy – avec une certaine dextérité et, tel un Jackie Chan, il excelle en acrobatie et art martial. Il a bossé pour ce seul en scène, cela se voit. C'est là que son solo devient original. Il ne fait pas que raconter sa vie et ses soucis, son corps s'en mêle aussi et il assure sur scène de superbes chorégraphies.

© Vincent Arnaud.
© Vincent Arnaud.
Dans cette famille "originale" où la communication ne semblait pas être le plat principal, le comédien a su garder le meilleur pour rendre un hommage vibrant à ses parents. Cet ami précieux qu'aura été PaoPao lui a permis l'évasion, le rêve et la passion. Peu à peu, Arthur va se découvrir et quitter le nid pour vivre sa propre vie.

Quelle vie ! Matthias porte, en effet, un nom de bon présage, il suffit aujourd'hui de le voir exceller sur le plateau et donner au public la meilleure version de lui-même. Celle d'un homme, d'un compagnon, d'un père de famille et tout naturellement d'un comédien accompli !

Titre : phrase de Jackie Chan.

"Au nom du père, du fils, et de Jackie Chan"

© Vincent Arnaud.
© Vincent Arnaud.
"Enfance, courage, kung-fu et pop cantonaise"
Auteur : Matthias Fortune.
Mise en scène : Anne-Sophie Liban.
Avec : Matthias Fortune.
Chorégraphie et combat scénique : Maurice Chan.
Compositeur bande originale : Félix Carcone.
Musicien et compositeur : Léo Grise.
Création lumières : Emma Schler.
Par la Compagnie Le Homard Bleu.
Tout public à partir de 10 ans.
Durée 1 h 30.
>> compagnielehomardbleu.com

6 novembre 2023 : mise en espace publique, Théâtre La Reine Blanche, Paris.
Mars 2024 : création lumières sur 4 jours.
Création Festival Avignon Off en juin-juillet 2024.

Isabelle Lauriou
Mardi 28 Novembre 2023

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024