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Journées professionnelles de la marionnette à Clichy : Marionnette et politique  26/01/2012

La 4e édition des Journées Profession-nelles de la Marionnette - organisée par le Clastic Théâtre et THEMAA* - se déroulera à Clichy les 3 et 4 février 2012 sous la responsabilité scientifique de François Lazaro et Didier Plassard. Cette nouvelle édition ouvre un cycle de trois ans, en lien avec la journée nationale "La Scène des chercheurs". Celui-ci visera à interroger les rapports existant entre théâtre de marionnette et politique à travers les trois aspects concomitants que sont la censure, la propagande et la résistance pour tisser un fil entre présent et passé, témoignage vivant, recherche appliquée et recherche historique.

Spectacle populaire, donc potentiellement subversif, les marionnettes ont souvent été l’objet d’une surveillance étroite de la part des pouvoirs politiques et religieux. Les représentations ont pu être interdites, les œuvres mutilées, les artistes pourchassés, emprisonnés et parfois exécutés, leurs instruments de travail détruits, l’exercice même de leur métier empêché. Aujourd’hui encore, certains marionnettistes connaissent des pressions, des intimidations, et jusqu’aux formes les plus brutales de la répression.

Mais, plus profondément, l’art de la marionnette rencontre aussi la censure sur un autre terrain, celui de la confrontation aux tabous. En effet, parce qu’elle n’est qu’une figure artificielle, il lui est plus facile de représenter l’irreprésentable, les puissances du fantasme, ou plus simplement les territoires de l’intime. À ce titre, la marionnette joue avec nos propres censures, elle les déjoue et nous invite à porter un autre regard sur l’humain et ses frontières. Là aussi, elle est un puissant révélateur de ce qu’il est permis ou non de dire, et de montrer, dans l’espace public. Elle peut devenir ainsi un instrument de mesure des libertés et des contraintes qui régissent notre vivre ensemble.

Dans cette esprit, les Journées professionnelles de la marionnette se proposent d’inviter des artistes en provenance de pays ou la censure, au-delà d’une difficulté d’exercer, peut représenter un danger d’emprisonnement et de mort. Et envisagées comme un laboratoire d’auscultation et d’écoute de la réalité de la création aujourd’hui, elles se proposent d’analyser les mouvements et tendance du théâtre de marionnette contemporain. Des artistes présenteront de courts extraits de spectacles ou seront invités à témoigner. Un ensemble d’auteurs, de marionnettistes et d’universitaires confronteront leurs points de vue à partir de ces témoignages partagés en direct.

3 et 4 février 2012.
Espace Henry Miller, 3 rue du Docteur Calmette, Clichy-la-Garenne (92).
>> saisonsdelamarionnette.fr
Photo : "Le bruit du silence" de Kamal Taghdisi Heydarian © DR.
* Association nationale des Théâtres de Marionnettes et des Arts Associés.

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La Rédaction

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"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
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© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

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La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
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© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

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