La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Une nouvelle donne pour Radio France

La nomination en 2016 de Michel Orier comme directeur de la musique et de la création culturelle à la tête du groupe Radio France a permis la mise en œuvre d'une nouvelle ambition pour la Maison Ronde. Celle d'entrer de plein pied dans la modernité. Entretien avec Michel Orier en forme de bilan provisoire sur les avancées du projet.



Orchestre National de France © DR.
Orchestre National de France © DR.
Michel Orier est un homme courtois et pressé. Il a pris en charge dès mars 2016 les destinées du groupe Radio France avec une double casquette, celle de la direction de la musique et de la création culturelle. Sa mission en clair ? Assumer la responsabilité de la politique culturelle et artistique de Radio France pour la faire rayonner auprès du plus grand nombre.

Cet ancien ingénieur du son et directeur de grandes institutions culturelles en région (1), qu'on voit assidu à tous les concerts des quatre grandes formations maison (2), est donc le pilote de la nouvelle politique musicale comme de la programmation événementielle. Une offre pensée pour attirer les meilleurs artistes.

Christine Ducq - Vous avez été nommé il y a un peu plus de deux ans et le bilan de votre mission est déjà impressionnant.

Michel Orier - Ce n'est pas à moi de le dire. Mais cette mission avance incontestablement et pourtant rien n'était gagné. Nous avons une salle formidable avec l'Auditorium (avec une jauge de 1460 places) mais elle a ouvert ses portes deux mois avant la Philharmonie. Dans une maison qui n'était pas vraiment préparée à avoir la responsabilité d'une institution du spectacle capable d'offrir un tel volume et une telle qualité de production musicale. Il a fallu construire cette offre plus cohérente et éditorialisée que par le passé. Ce fut l'axe majeur de ces deux années. Aujourd'hui, nous avons de très bons résultats avec un taux de fréquentation qui avoisine les quatre-vingt douze pour cent. Naturellement nous le devons aux musiciens, à nos chefs Emmanuel Krivine et Mikko Franck et au public.

Michel Orier © Christophe Abramowitz/Radio France.
Michel Orier © Christophe Abramowitz/Radio France.
Vous vous êtes aussi donné comme ambition de redonner tout son lustre au Studio 104 en tant que salle dévolue au jazz ?

Michel Orier - Par le passé, le Studio 104 (avec sa capacité d'accueil de huit cent cinquante auditeurs, un Petit Olympia en somme) a été une grande salle pour le jazz. Puis les concerts ont plutôt été donnés dans le Studio 105, qui excelle pour la variété, pour le rock (3) mais qui se révèle à mon sens insuffisant en termes de volume et de respiration pour le jazz. Désormais le Studio 104 retrouve sa vocation première avec sa double programmation mensuelle de jazz qui fonctionne très bien.

Vous avez aussi souhaité que la Maison Ronde devienne un lieu de résidence pour les artistes ?

Michel Orier - Bien sûr. Fondamentalement notre différence est là : nous sommes une maison de production - ce qui est vrai pour les antennes comme pour la musique - et ce, à la différence de nombre d'autres institutions culturelles. Nous fabriquons nos propres programmes en fonction de thématiques que nous choisissons selon nos préoccupations, nos musiciens et nos directeurs musicaux. Cela nous permet de pouvoir dire à des artistes que nous aimons que nous les invitons une ou plusieurs saisons pour accompagner la création de leurs projets.

Ce sera le cas dès la saison 2018-2019 avec des artistes (tel Lambert Wilson), des musiciens (tels Bertrand Chamayou ou le Quatuor Diotima) et des compositeurs tel Pascal Dusapin, et beaucoup d'autres. C'est une de nos qualités essentielles que de pouvoir offrir des volumes d'activité allant de la création contemporaine à la réinterprétation d'œuvres du répertoire.

En ce qui concerne les événements passés, duquel êtes-vous le plus fier ?

Michel Orier - Nous avons donné quelques grands concerts, impossible de tous les citer. Et il est difficile d'en choisir un plutôt qu'un autre : peut-être le concert de Martha Argerich pour le Concerto en sol de Ravel dirigé par Emmanuel Krivine, celui de Barbara Hannigan avec le Philharmonique ou la Symphonie des Psaumes de Stravinski dirigée par Mikko Franck … La reprise d'"Elektra" de Strauss par Mikko Franck à la Philharmonie a représenté un moment exceptionnel dans cette dernière saison !

Orchestre Philharmonique © Christophe Abramowitz/Radio France.
Orchestre Philharmonique © Christophe Abramowitz/Radio France.
Le chef de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, Mikko Franck, réfléchit justement à de nouvelles configurations de concert en termes de nombre de musiciens et de répertoires pour sortir du schéma "ouverture, concerto, symphonie". Est-ce une nécessité aujourd'hui ?

Michel Orier - J'en ai le sentiment en effet car le monde a changé. Il faut donc évoluer. Cependant on pourrait ne pas le faire et cela ne dérangerait pas une partie de notre public qui aime ce cérémonial immuable. Mais il se trouve qu'une de nos deux formations orchestrales est à géométrie variable et peut jouer dans des formats très différents. Jean-Marc Bador (délégué général du Philharmonique de Radio France, NDLR) et moi-même trouvons que cela a été fort mal exploité jusqu'à présent et qu'il est plus intéressant de mêler dans le même concert des parties en soliste, en quatuor, en musique de chambre et des parties orchestrales.

Et nous avons la salle qui convient pour ce projet : la qualité de l'écoute dans l'Auditorium, les détails perceptibles à chaque concert permettent de travailler sur ce genre de programme. Nous n'écoutons pas les œuvres de la même façon et c'est très intéressant : on sera plus sensible au contrepoint, aux diverses lignes mélodiques d'un symphonie après avoir entendu une œuvre chambriste.

Maîtrise de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Maîtrise de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Dans votre mission figurait aussi la création d'un site dédié au concert sur Internet. C'est désormais chose faite, n'est-ce pas ?

Michel Orier - Ce site dédié à la diffusion de nos concerts a ouvert en décembre 2017 en partenariat avec Arte. Les concerts sont diffusés à la fois sur les sites de France Musique et d'Arte Concert. Cela ouvre de belles possibilités pour un public qui ne peut pas venir à Paris. Nous avons aussi créé le site anglophone de France Musique (disponible depuis juin 2018). La musique est un langage universel et il était important de rendre accessible à une large audience internationale nos programmes qui l'encadrent - comme les reportages, les critiques, les commentaires.

Vous avez souhaité également ouvrir davantage les antennes à la musique de films ?

Michel Orier -
Nous avons enregistré la musique du film de Luc Besson, "Valérian", composée par Alexandre Desplat - ce compositeur talentueux à qui nous consacrerons d'ailleurs une soirée. Nous avons aussi imaginé trois week-ends particuliers autour de Bertrand Tavernier (spécialiste de la musique du cinéma français), autour de l'œuvre de Nino Rota et autour des musiques des films de Stanley Kubrick. Voilà une activité que j'aimerais développer dans la maison, y compris celle d'enregistrement.

Nous avons en effet l'opportunité désormais de relocaliser en France l'enregistrement des musiques de films grâce à un crédit d'impôt important et à une politique d'aide du CNC. Et surtout nous avons des formations d'excellence avec l'Orchestre National de France et l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Sans oublier que nous avons la capacité technique d'enregistrement en tant que dernier grand studio alors qu'il n'y en a plus aucun autre à Paris. Nous pouvons challenger le London Symphony Orchestra et Abbey Road sans difficulté sur ce terrain.

Le Chœur de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Le Chœur de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
En quoi la musique de films est-elle importante à vos yeux ?

Michel Orier - Je suis persuadé (et je ne suis pas le seul) que la musique de films est une des voies essentielles de l'avenir de la musique classique, en particulier pour les compositeurs. Les Nino Rota, Maurice Jarre, John Williams, Howard Shore et autres Bernard Hermann ont écrit de superbes pages symphoniques et ces grandes partitions sont très populaires. Elles recroisent souvent certaines grandes œuvres du patrimoine.

(1) Michel Orier a également travaillé pour différents cabinets ministériels et a occupé la fonction d'Inspecteur général des affaires culturelles au Ministère de la Culture jusqu'en 2016.
(2) Ce sont l'Orchestre National de France, l'Orchestre Philharmonique de Radio France, le Chœur et la Maîtrise de Radio France.
(3) Avec les Black Sessions de Bernard Lenoir par exemple.


Du 9 au 27 juillet 2018.
Festival de Radio France - Occitanie - Montpellier "Douce France". >> lefestival.eu

Le Chœur de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Le Chœur de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Du 4 au 8 septembre 2018.
4e Concours international de chefs d'orchestre Evgeny Svetlanov.
6 septembre 2018 à 20 h.
Concert-hommage à Evgeny Svetlanov par le Philharmonique de Radio France.

Concerts d'ouverture de la saison 2018-2019.
13 septembre 2018 à 20 h : Concert de l'ONF (Lalo, Saint-Saëns, Brahms), direction E. Krivine.
14 septembre 2018 à 20 h : Concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio France (Berlioz, Chausson, Ravel, Matalon, Debussy), direction M. Franck.
22 septembre 2018 à 20 h 30 : Jazz sur le vif, Michel Portal New Quintet, au Studio 104.

>> maisondelaradio.fr

Christine Ducq
Lundi 16 Juillet 2018

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024