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Théâtre

"Ploutos, L'Argent Dieu" Un théâtre civique et populaire servant le rire et la réflexion

C'est un constant et douloureux constat effectué par les braves gens honnêtes de tous les siècles depuis des siècles : les richesses en ce monde sont inégalement et injustement réparties. Ainsi, l'auteur de l'antiquité grecque Aristophane montrait déjà, dans "Ploutos" (que met en scène Philippe Lanton), comment un humble maître et son unique esclave sont plus enclins à offrir de tristes offrandes à la déesse pauvreté plutôt que de gras et ostentatoires sacrifices aux dieux tout-puissants et comment ils réussissent à réaliser le rêve d'une meilleure répartition des richesses : sur des bases équitables et justes.



© Gabriel Kerbaol.
© Gabriel Kerbaol.
Dans "Ploutos", les riches jouisseurs corrompus deviennent pauvres, les pauvres dans la sobriété et le sens de l'échange deviennent riches. Le monde ayant peu changé, la fable d'Aristophane n'a rien perdu de son acuité… ni sa fraîcheur. Car l'œuvre, qui fusionne la satire et la farce en direction de la comédie (forme renouvelée de l'âge d'or), est une utopie pleine de fantaisies à désirer partager.

C'est que l'auteur, pointant ironiquement quelques conséquences sur le sens de la valeur affective et de l'érosion du temps, ne manque pas de pertinence ni de sens critique.

La mise en scène de Philippe Lanton s'appuie sur un jeu précis et fluide qui sait vagabonder dans les différents registres de la comédie, maitriser ses effets, tempérer ses allusions, faire impression sans faire tableau. Le spectacle, vif et joyeux, est ainsi peuplé de réminiscences théâtrales qui enrichissent Aristophane de toute l'histoire qui lui a succédé.

© Gabriel Kerbaol.
© Gabriel Kerbaol.
C'est, pour le spectateur, un plaisir simple et complet que de déceler les renversements de pouvoir dans les rapports maître-esclaves, la complicité des comédiens dans les interpellations au public, leur autoparodie de leurs interrogations sur le sens du spectacle qu'ils offrent. C'est qu'ils atteignent ce point neutre qui est celui de la compréhension du mythe et du présent. Inhérent à l'art théâtral.

Croisant les ombres de Beckett, de Ionesco, de Shakespeare ou Molière, ils rejoignent celles du slameur ou du crooner. Autant de clins d'oeil jamais appuyés mais toujours expressifs. Ce travail de l'entre-deux entre-noue le plaisir des comédiens et celui du spectateur.

Ce dernier, sensibilisé à cette raison mathématique et logique qui a conquis le monde depuis Platon par la financiarisation, l'algorithmisation et la multiplication des cavernes digitales, rend gré au metteur en scène de ne pas faire ostentation de technologies contemporaines.

L'argent a beaucoup coulé depuis Athènes et les guerres du Péloponnèse, à l'évidence l'esprit du texte d'Aristophane perdure par cette forme de théâtre simple qui sert le rire et la réflexion.

Au sens strict cette mise en scène "performe" un théâtre civique et populaire. Les applaudissements fusent.

"Ploutos, L'Argent Dieu"

Texte original : Aristophane.
Adaptation : Olivier Cruveiller.
Mise en scène : Philippe Lanton.
Collaboration artistique à la mise en scène : Olivier Cruveiller.
Assistante à la mise en scène : Virginie Incagnoli.
Avec : Natalie Akoun, Evelyne Pelletier, Yves Buchin, Olivier Cruveiller, Mathias Jung, Christian Pageault, Nicolas Struve.
Scénographie : Valérie Perrottet, Thomas Chevallier, Philippe Lanton.
Travail chorégraphique : Olivier Renouf.
Costumes : Sabine Siégwalt.
Conception sonore : Thomas Carpentier.
Création lumière : Christelle Toussine, Philippe Lanton.
Durée : 1 h 30.
À partir de 12 ans.
Cie Le Cartel.

Du 9 au 26 janvier 2020.
Du jeudi au samedi à 20 h 30, samedi et dimanche à 17 h.
Théâtre de l'Épée de Bois, La Cartoucherie, Paris 12e, 01 48 08 39 74.
>> epeedebois.com


Jean Grapin
Mardi 14 Janvier 2020

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© DR.
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