La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

Catherine Trottmann, un chant de lumière et de grâce

Catherine Trottmann, âgée de vingt-cinq ans, a réussi en moins de trois ans à devenir l'irrésistible interprète du répertoire de mezzo léger que toutes les grandes scènes désirent.



© DR.
© DR.
Nommée cette année dans la catégorie "Révélation artiste lyrique" des Victoires de la Musique, elle a brillé récemment dans le concert Prélude du Festival d'Auvers-sur-Oise et répète en ce moment à Lausanne Zerline dans le "Don Giovanni" de Mozart. Rencontre avec une artiste joyeuse et passionnée.

Christine Ducq - Vous avez chanté pour le concert d'ouverture du 37e opus du Festival d'Auvers-sur-Oise mais vous n'y figurez pas ce printemps (1). Quel dommage pour nous !

Catherine Trottmann - Malheureusement oui. Nous avons essayé de trouver une date mais mon emploi du temps ne le permettait pas. Du coup, nous avons envisagé avec Pascal Escande (le directeur artistique, Ndlr) ce récital, un prélude du festival.

Vous êtes en pleine répétition de "Don Giovanni" à l'Opéra de Lausanne. Le rôle de Zerline est bien une prise de rôle ?

Catherine Trottmann - En effet et je m'en réjouis. C'est un rôle qui m'enthousiasme et auquel je pense depuis longtemps car il me tient particulièrement à cœur. D'autant plus que "Don Giovanni" est mon opéra préféré !
Le personnage de Zerline a une fraîcheur et une jeunesse dans lesquelles je peux facilement me reconnaître ; et je prends beaucoup de plaisir à le chanter. À Lausanne, nous travaillons dans de très bonnes conditions avec une superbe distribution et dans une très belle mise en scène d'Éric Vigié (2).

À la cérémonie des Victoires de la Musique, vous avez brillé dans Meyerbeer et Rossini. Quels sont les compositeurs qui vous inspirent ?

Catherine Trottmann - Ils sont nombreux. Disons que Rossini est le compositeur qui me porte chance et me rend heureuse. Mais Mozart est mon grand amour !

Festival d'Auvers-sur-Oise © Martinelli.
Festival d'Auvers-sur-Oise © Martinelli.
Comment voyez-vous cette Zerline que vous allez interpréter ?

Catherine Trottmann - Je crois que c'est une fille très forte, avec la tête sur les épaules et ce, dans un opéra où tout le monde est à moitié fou, blessé et traumatisé ! C'est une fille du peuple, simple, satisfaite de sa vie et qui sait où elle va. D'ailleurs, elle mène son futur époux à la baguette ! J'aime sa force vitale qui lui permet de se remettre très vite des événements plutôt tragiques qui surviennent le jour de son mariage.

Vous n'avez que vingt-cinq ans et vous n'avez terminé le conservatoire qu'en 2014. Comment expliquez-vous avoir rapidement rencontré le succès dans votre jeune carrière ?

Catherine Trottmann - J'ai eu cette chance en effet. J'ai bénéficié d'un gros coup de pouce en étant reçue, dès ma sortie du CNSMD de Paris, dans la troupe de l'Opéra de Vienne. Je me suis retrouvée très vite "dans le grand bain" et j'ai fait de belles rencontres.

Qu'avez-vous appris à Vienne de cette vie de troupe ?

Catherine Trottmann - Cette année passée en résidence à Vienne m'a beaucoup aidé à grandir en tant qu'artiste. J'ai travaillé le sens de la rigueur et celui de l'organisation dans une institution qui n'a rien à voir avec nos maisons lyriques françaises. Avec trois cents levers de rideau par an, tout doit fonctionner parfaitement. Quand on reçoit la liste des treize rôles (en cover - un remplacement - ou à chanter sur scène) en début d'année, il faut évidemment privilégier la discipline.
Le deuxième point fort de cette année viennoise tient à ce que j'ai pu assister dans la loge qui m'était réservée à tous les spectacles de la saison. Ce qui revient à écouter les plus grandes stars de la planète sur scène. J'ai beaucoup appris en les observant et en les rencontrant.
Enfin, j'ai appris à chanter sur cette scène absolument immense ; cela m'a fait travailler la projection de la voix. Et puis répéter treize rôles très divers est très enrichissant.

© Martinelli.
© Martinelli.
Quels étaient ces rôles ?

Catherine Trottmann - La deuxième Dame de "La Flûte enchantée" et Cherubino des "Noces" (dans Mozart), des Rossini comme Zulma dans "L'Italienne à Alger" ou Tisbé dans "Cenerentola", Flora dans "La Traviata" de Verdi, entre autres. J'ai même chanté des Wagner avec le Knappe (l’Écuyer) de "Parsifal", une fille du Rhin doublée dans le "Rheingold" et même une walkyrie. Ce fut ainsi l'occasion passionnante de travailler avec les plus grands coachs venus du monde entier, tous spécialisés dans un répertoire.

Vous êtes souvent louée pour votre engagement scénique. C'est aussi à Vienne que vous avez pu gagner en expérience ?

Catherine Trottmann - La partie théâtrale, scénique à l'opéra a toujours été essentielle à mes yeux dans ce métier. Elle est selon moi aussi importante que la partie musicale. Je dirais même que le jeu constitue ma motivation première, une vraie priorité. La scène permet aux chanteurs de s'exprimer corps et âme pour servir un art beaucoup plus grand qu'eux-mêmes. C'est donc une expérience indépassable.

Quels sont vos projets après l'Opéra de Lausanne ?

Catherine Trottmann - Je chante à la Philharmonie de Paris en juin dans un oratorio, "Comala" de Niels Wilhem Gade, avec le chef Laurence Equilbey. Je reprends également le rôle de Zerline sous la direction de Jérémy Rohrer aux Festivals de Beaune et de Brême. C'est la production du festival d'Aix-en-Provence qui entame une tournée en version de concert. Je serai aussi au Festival d'Eygalières en juillet avec Renaud Capuçon.
À la rentrée, je chanterai Cherubino dans "Les Noces de Figaro" à l'Opéra du Rhin.

Comment définiriez-vous votre voix ?

Catherine Trottmann - Mon mezzo-soprano est réellement entre deux couleurs. C'est une voix jeune, souple, qui permet des coloratures faciles. Parfois les gens se posent des questions car mon timbre s'assimile vraiment tantôt à un soprano, tantôt à un mezzo. Ceci dit, je me laisse guider par les rôles dans lesquels je me sens bien plutôt que par une étiquette.

© Martinelli.
© Martinelli.
On se souvient de votre "Stubenmädchen" dans le "Reigen" de Philippe Boesmans. Vous n'hésitez pas à faire des incursions dans la musique contemporaine ?

Catherine Trottmann - Je me retrouve en effet beaucoup dans cette musique. Les opéras contemporains sont toujours écrits avec des livrets particulièrement forts. La production de "Reigen" (en 2014, Ndlr) est un très bon souvenir. Je suis ravie à chaque fois que je peux participer à une création car elle permet une grande liberté - je peux m'affranchir des modèles qui influencent parfois nos interprétations dans d'autres répertoires. Et puis il faut s'engager pour la musique de son temps. La musique dite "classique" est une discipline vivante, toujours en renouvellement, il faut donc encourager la création.

(1) Catherine Trottman a chanté des mélodies et airs de Poulenc, Mozart, Debussy, Chausson et Meyerbeer. Le Festival d'Auvers-sur-Oise se tiendra du 9 juin au 7 juillet 2017.
www.festival-auvers.com
(2) Éric Vigié est aussi le directeur de l'Opéra de Lausanne.


Interview réalisée le 22 mai 2017.

"Don Giovanni" à l'Opéra de Lausanne du 4 au 14 juin 2017.
>> opera-lausanne.ch

Programme complet des événements à venir :
>> catherinetrottmann.com

Christine Ducq
Vendredi 2 Juin 2017


1.Posté par Catherine About-Caplain le 04/06/2017 19:39
Catherine Trottmann a un immense talent qui commence à peine à être connu et reconnu. Elle a un superbe avenir dans ce monde difficile de l'Opéra: à suivre...

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024