La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Paroles & Musique

Avignon 2013 : Un petit coin de Paradis, contre un coin de parapluie... on ne perd pas au change !

"Brassens n'est pas une pipe", Théâtre Notre-Dame, Avignon

[Reprise.] Avec son bel accent argentin, Susana Lastreto, dans le rôle de meneuse de revue déjantée d’un improbable théâtre forain, raconte avec ses comparses - qui le sont tout autant (déjantés) - la vie en chansons d’un certain George B. Illustre personnage que le temps a réduit à l’état muséal d’une pipe, d’une moustache, d’une guitare, d’une chaise, quelques tics et quelques refrains.



© Cie GRRR.
© Cie GRRR.
En apparence le spectacle "Brassens n’est pas un pipe" s’offre sans moyens. Il est dans la succession de ses numéros, branque, riche de trouvailles, de métier, de plaisir. Pour le grand bonheur du spectateur surpris et séduit il a la tension dramatique d’une comédie musicale. Un concentré, un esprit de music-hall.

Dans ce beau divertissement la troupe de Susana Lastreto révèle sous le comique l’épaisseur d’une énigme. Celle de cette musique et de ces textes apparemment simples qui sont entrés dans l’intimité. Des chansons comme autant de scies des années heureuses, celles qui feignent de croire qu’il suffit d’une guitare, d’une moustache et d’une pipe pour affirmer une harmonie et qui pourtant ne se réduisent pas au simple mi ré la du petit cheval que tout le monde a suivi.

© Cie GRRR.
© Cie GRRR.
Avec ses personnages pittoresques de musicos touchants et hauts en couleurs, le spectacle est juste dans l’image, le rythme et l’orchestration. Il suffit de quelques glissements swing, quelques "roque et roule" bien feulant, quelques chants en version canon pour que l’univers de Brassens anarchiste nonchalant et virulent hanté par la camarde se voit réaffirmé dans sa sophistication et sa finesse.

À l’évidence... il y a des coins de paradis de comédiens, de chanteurs et de spectateurs.

"Brassens n'est pas une pipe"

© Cie GRRR.
© Cie GRRR.
Par la Cie GRRR.
Mise en scène : Susana Lastreto.
Avec : François Frapier, Hélène Hardouin, Cristine Combe, Annabel de Courson, Jorge Migoya, Susana Lastreto.
Arrangements musicaux : Annabel de Courson et Jorge Migoya.
Costumes, accessoires : Danièle Heusslein-Gire.
Lumières : Stéphane Deschamps.

Du 22 février au 11 mars 2012.
Spectacle du mardi au samedi à 20 h 30.
Matinée samedi et dimanche à 14 h 30.
Théâtre Déjazet, Paris 3e, 01 48 87 52 55.

Du 21 au 25 août 2012.
Mardi au vendredi à 21 h, samedi à 19 h.
Dans le cadre de la 11e édition du Festival En Compagnie(s) d'été.
Théâtre 14 Jean-Marie Serreau, Paris 14e, 01 45 45 49 77.
[>> theatre14.fr


Avignon Off 2013
Du 7 au 31 juillet 2013.
Tous les jours à 11 h.
Théâtre Notre-Dame, Salle Bleu, Avignon, 04 90 85 06 48.
>> theatrenotredame.com

Jean Grapin
Jeudi 1 Mars 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024