La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Dans un processus orgasmique, mettre à jour les liens entre la chair et l'esprit

"La Fonction de l'orgasme", Théâtre La Reine Blanche, Paris

Il est des reprises théâtrales revigorantes. Ainsi "La Fonction de l'orgasme", spectacle créé en 2015, d'après l'essai de Wilhelm Reich, par Constance Larrieu, propose un cheminement théâtral des plus joyeux. La pièce nourrie des derniers éléments de la connaissance de la sexologie contemporaine est portée par une humeur généreuse et enjouée. Le public apprend, comprend et rit.



© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Dans "La Fonction de l'orgasme", il est question de la rencontre de l'homme et de la femme, de réciprocité des sensations et des sentiments. De la condition humaine et de la joie de vivre. De Liberté.

Sur scène, Constance Larrieu embarque son personnage de conférencière dans toutes les situations où le mot, la chose "orgasme" fait débat. Le livre de Reich, le selfie inquiet, l'enquête auprès des spécialistes, l'escort-girl, le chauffeur de salle de cabaret, le spectateur présent dans la salle, etc., etc. Interrogeant avec tous les atours de la comédie y compris filmique son rapport à l'image, de soi, des autres, la comédienne par l'autofiction et l'autoparodie part en reportage, endosse tous les rôles archétypaux et les fait s'évanouir. Sans jamais tomber dans les pièges tendus par le sujet. Constance Larrieu, en toute légèreté de saltimbanque, avance sur un fil. Sans jamais fasciner, ni faire frémir.

Toujours à contre-jeu, pitre et contre-pitre, la comédienne fait jaillir sa personnalité, la vérité du message, la vérité de la situation. Fait du théâtre en somme. Et l'enceinte théâtrale ainsi expérimentée devient un laboratoire du vivant qui vaporise les idées reçues et préconçues, les préjugés, les tabous qui séparent, les mensonges de l'érotisme et de la pornographie qui contournent les interdits, la représentation sociale et les postures de dominance qui mentent, les dénis qui enferment dans une intimité inquiète, bref toutes ces barrières érigées entre les hommes et les femmes.

© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Progressivement dépouillé de toutes ses appréhensions, le spectateur est mis à l'aise. En parallèle du sujet raconté, la scénographie et le jeu avancent par paliers vers un pic d'énergie théâtrale, de plaisir théâtral. Du premier effleurement tâtonnant de sensibilité à l'acmé de tendresse et de beauté trouvée à deux…

Finement le spectateur découvre, dans ce quasi "seul en scène", l'ombre de l'Autre aimé. Autrui. Le comédien et son public. Et la pensée de Reich lui devient familière. Il comprend tout aussi finement comment une énergie primordiale reliant les êtres, celle d'Éros, inscrite dans un processus orgasmique, met à jour les liens entre la chair et l'esprit en dépit des contraintes imposées par les dispositifs sociaux et culturels. La pensée de Reich.

En dépit des tartufferies algorithmiques de certains réseaux dits sociaux, "La Fonction de l'orgasme" est un spectacle nécessaire.

"La Fonction de l'orgasme"

© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Une recherche théâtrale de Didier Girauldon, Constance Larrieu et Jonathan Michel.
Sur une idée de Constance Larrieu, inspirée par les écrits de Wilhelm Reich.
Mise en scène : Didier Girauldon et Constance Larrieu.
Avec : Constance Larrieu.
Collaboration artistique et vidéo : Jonathan Michel.
Création sonore et musicale : David Bichindaritz.
Lumières : Stéphane Larose.
Régie plateau : Mohamed Rezki.
Création costumes : Fanny Brouste.
Réalisation costumes : Hélène Chancerel.
Durée : 1 h 15.
Par la Compagnie Jabberwock.

Du 4 au 18 mai 2019.
Du mardi au samedi à 20 h 45, dimanche à 15 h, samedi 18 mai à 19 h.
Relâche le 14 mai.
Théâtre La Reine Blanche , Paris 18e, 01 42 05 47 31.
>> reineblanche.com

Jean Grapin
Mercredi 8 Mai 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024