La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Dans "Nuits blanches", Nathalie Richard fait briller toute la palette de l'imaginaire... avec délicatesse et force

"Nuits blanches", Théâtre de l'Œuvre, Paris

Nathalie Richard est l'héroïne de "Sommeil" (nouvelle de Haruki Murakami) qui, par un jour d'insomnie, lit "Anna Karénine" de Léon Tolstoï et fait une expérience singulière, dangereuse et irréversible...



© Dunnara Meas.
© Dunnara Meas.
Celle de l'existence d'un monde distinct du monde de celui des vivants ordinaires. Un monde d'imaginaire qui, par sa réalité, a des effets bien réels sur le quotidien. Ainsi, le mari qui dort à côté, qui n'était pas beau, n'est plus mignon, et est devenu laid.

Il est celui des nuits sans sommeil, des nuits éveillées quand les autres dorment, des nuits blanches exaltées dans l'évidence de la beauté et de la solitude, qui enchaînent des jours sans goût, monotones et répétés. Une vie qui verse en fait-divers comme une nécessité. À la découverte d'un point sous l'horizon, sublime. La nécessité de la mort.

La matière de l'écriture de Haruki Murakami est complexe. Par boucles successives comme par tâtonnement en s'appuyant sur le retour périodique de mots, de sons, le récit s'involve et involue. Il suit le cheminement de la conscience.

© Dunnara Meas.
© Dunnara Meas.
Sous le titre "Les heures blanches", Nathalie Richard en offre une troublante représentation.
Quand le récit se referme sur lui-même, qu'il sépare réalité et fiction, déplace le réel, fuit dans l'imaginaire. Quand il installe fébrilité, avidité, nervosité, cette exaltation de la lecture qui monte, qui accapare et sépare les mondes, Nathalie Richard est à elle-même, sur scène, son propre narrateur. Elle amplifie jusqu'au point de la réalité de la scène la réalité du récit, fait briller toute la palette de l'imaginaire avec délicatesse et force, fermeté et légèreté, angoisse et détachement.

Dans une maitrise de la sobriété, la comédienne ouvre les béances, explore des entre-deux, happe les résonances qu'exerce sur son personnage "Anna Karenine"*, le roman de Tolstoï.
Et le spectateur opère une plongée dans la beauté, déambule dans sa tête, déambule dans la ville, déambule sur scène et court droit au fait divers romanesque et tragique. Il ne regarde ni symbole ni signe mais voit et entend ce qui doit être là. Ce que portent le récit et la conscience de la situation.


De l'Art, du grand Art.

*Abandonnée qui amoureuse se jette sous une locomotive.

"Nuits blanches"

© Dunnara Meas.
© Dunnara Meas.
D'après "Sommeil" de Haruki Murakami.
Texte français : Corinne Atlan.
Adaptation et mise en scène : Hervé Falloux.
Avec : Nathalie Richard.
Décors et costumes : Jean-Michel Adam.
Lumière : Philippe Sazerat.

À partir du 28 novembre 2014.
Du mardi au vendredi à 19 h, samedi et dimanche à 18 h.
Théâtre de l'Œuvre, Paris 9e, 01 44 53 88 88.
>> theatredeloeuvre.fr

Jean Grapin
Jeudi 18 Décembre 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024