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Théâtre

Comprendre la situation sociale et politique actuelle... l'effacement du monde ouvrier !

"Retour à Reims", Maison des Métallos, Paris

Le plateau est nu. Sont disposées une table de cuisine en formica et ses chaises, à l'opposé une cafetière électrique, au fond une valisette à souvenirs. La femme aux cheveux frisotés porte une robe à pois et un gilet de laine gris. Elle est sans âge. L'homme en costume est encore jeune. Le temps paraît immobile.



© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Avec "Retour à Reims", Laurent Hatat adapte à la scène le brillant essai de Didier Éribon sur l'effacement du monde ouvrier et renoue, lui aussi brillamment, avec une ancienne tradition oubliée qui relie la forme théâtrale au développement de la pensée : celle du dialogue philosophique qui culmina avec Denis Diderot.

Le retour à Reims est celui trop tardif de l'enfant prodigue qui n'a pour tout bagage que ses explications, ses analyses, ses concepts savants auxquels sa mère oppose l'évidence des gestes concrets et répétés de la survie.

Les personnages de la mère et de son fils ainsi réunis prennent de l'épaisseur au fur et à mesure que le jeu et la parole font apparaitre l'imprésentable : la figure du père disparu. La densité, la monotonie et l'âpreté de sa vie de labeur sont discernés par le spectateur tout autant que l'amertume de ces trente ans de séparation d'avec le fils. Qui lui avait fui un monde trop stable et trop étriqué tout autant qu'il avait voulu une émancipation individuelle et une conquête de liberté.

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Lancé dans l'aventure des mots, le spectateur rendu très attentif ressent la présence de ce personnage sur lequel s'est abattue une chape de silence. Cet ouvrier disparu du champ de la représentation qui fit pourtant partie des forces vives de la Nation. Qui n'est plus qu'un objet d'ajustement électoral depuis que sa représentation d'une société divisée en classes a été renvoyé aux vieilles lunes, depuis que Warren Buffet se vante d'en avoir gagné la lutte*.

Retour à Reims est un spectacle de haute tenue qui donne aussi des clefs pour comprendre la situation sociale et politique actuelle.

*… et depuis que le prolétariat a été localisé dans les pays émergents laissant sur le carreau européen les ouvriers qualifiés remplacé par des robots…

"Retour à Reims"

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
D'après l'essai de Didier Éribon (éditions Fayard).

Adaptation et mise en scène : Laurent Hatat.

Avec : Sylvie Debrun, Antoine Mathieu.

Collaboration dramaturgique : Laurent Caillon.

Création lumière et régie générale : Anna Sauvage.

Création son : Antoine Reibre.

Compagnie anima motrix.
Durée : 1 h 10.
À partir de 15 ans.

Du 3 au 22 février 2015.
Du mardi au vendredi à 20 h, samedi à 19 h, dimanche à 16 h.
Maison des métallos, Paris 11e, 01 47 00 25 20.
>> maisondesmetallos.org

Jean Grapin
Mercredi 11 Février 2015

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© Philippe Hanula.
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© Pierre Gondard.
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© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

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