La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Olympicorama"… Go pour les JO !

Dans sa série sur les Jeux Olympiques qui se déroule jusqu'en 2024, Frédéric Ferrer s'attaque à l'escrime autour d'un exposé où l'humour et l'absurde se disputent à une recherche historique suivie d'une interview de deux champions apportant une touche pédagogique à la découverte de ce sport.



Épreuve n° 3 Le saut en hauteur, Frédéric Ferrer © Héloïse Philippe.
Épreuve n° 3 Le saut en hauteur, Frédéric Ferrer © Héloïse Philippe.
C'est une conférence mais pas n'importe laquelle. Son originalité est chez le présentateur et sur sa façon d'appréhender l'escrime. Celle-ci démarre par une entrée rapide de Frédéric Ferrer sur la scène comme dans le vif du sujet. Une certaine "familiarité" salue une supposée fidélité du public lui permettant de ne pas rappeler à l'auditoire ce qu'il avait déjà énoncé dans les précédents exposés. À quoi bon, c'est le septième ! Ce qui lui permet de nouer très rapidement un rapport proche avec le public en supposant de celui-ci une compréhension globale de son travail antérieur. Pari à peine osé pour l'auteur mais surtout gagnant.

Mais qui est Frédéric Ferrer ? Auteur, acteur, metteur en scène et géographe, il questionne, au travers de ses créations, le monde et ses limites autour, entre autres, du réchauffement climatique et de l'anthropocène. Il entame depuis 2019 toute une série de conférences, appelées "épreuves", sur les jeux olympiques.

Son débit est rapide, montrant avec humour une non-maîtrise du temps en mettant, à dessein, trop de contenu. La présentation est ponctuée de digressions et certains slides sont en caractères gros et gras pour notifier des idées "fortes" comme "L'escrime est un continent". Celle-ci est construite par des enchaînements manquant volontairement de logique et quelques raccourcis humoristiques qui laissent à l'auditeur toute latitude de comprendre ce qu'il souhaite.

Épreuve n° 3 Le saut en hauteur, Frédéric Ferrer © Héloïse Philippe.
Épreuve n° 3 Le saut en hauteur, Frédéric Ferrer © Héloïse Philippe.
Les propos, au travers d'un "sérieux" et d'une recherche historique poussée, basculent souvent dans l'absurde et parfois, à dessein, dans la futilité. La gestuelle est très marquée avec des mains vers le visage qui emportent le conférencier dans des déplacements soulignés parfois par un froncement de sourcils. Le corps est là, présent, derrière un verbe tout aussi présent sans que l'un dame le pion à l'autre.

Puis s'engage une interview de Florence Leguy et Yoann Peter, respectivement maître d'armes et vice-championne de France de fleuret pour celle-ci et escrimeur handisport et, entre autres, en 2018, vice-champion en individuel pour la coupe du monde à Varsovie, vainqueur en coupe du monde en individuel à Montréal et vice-champion d'Europe par équipes à Terni (Italie) pour celui-là. Sont mêlées théorie et pratique avec une démonstration au fleuret, au sabre et à l'épée.

C'est très didactique où positions d'attaque et de défense sont expliquées. Frédéric Ferrer anime cette interview avec également des questions du public. On bascule dans une approche, cette fois-ci réellement pédagogique comme pour rappeler la conférence à une certaine réalité après que la première partie ait été un bon moment d'élocution où le savoir s'habillait d'élégance, de légèreté et où l'auteur s'amusait avec un aplomb "universitaire" à embarquer l'assistance dans des explications savamment comiques.

C'est frais, léger avec un sérieux qui ne s'y prend pas. Olympicorama, avec d'autres sports, va poursuivre ses "épreuves" jusqu'en 2024, date des JO à Paris.

"Olympicorama"

Épreuve n° 3 Le saut en hauteur, Frédéric Ferrer © Héloïse Philippe.
Épreuve n° 3 Le saut en hauteur, Frédéric Ferrer © Héloïse Philippe.
Épreuve n° 7 "Le fleuret, le sabre et l'épée"
De et avec Frédéric Ferrer.
Recherchiste et dramaturge : Claryce Boyriven.
Invités : Florence Leguy, Yohan Peter.
Régie générale : Paco Galan.
Production Compagnie Vertical Détour.

Coproduction pour "Le fleuret, le sabre et l'épée" : La Villette – Paris.
Remerciements au club Les Mousquetaires du Val d'Europe et à Planète escrime.
Durée estimée : 1 h 30.
Vu le 27 septembre 2021.

26 octobre 2021 à 20 h.
Épreuve n° 8 "Le tennis de table"
Invités : Thomas Bouvais et Christophe Legoût.

14 mars 2022 à 20 h.
Épreuve n° 9 "L'haltérophilie"
Invités : à venir.

13 juin 2022 à 20 h.
Épreuve n° 10 "Le quatre de couple sans barreur·se"
Invités : à venir.

Grande Halle, Parc de La Villette, 211, avenue Jean Jaurès, Paris 19e, 01 40 03 75 75.
>> lavillette.com

Safidin Alouache
Mercredi 20 Octobre 2021

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024