La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Dans une forme de sotie moderne, "Little Boy" désamorce l'atome...

"Little Boy", Théâtre Traversière, Paris

Avec tout le talent comique que le public lui connaît, Christophe Alévêque tient dans "Little boy", de Régis Vlakos et mis en scène par Christophe Luthringer, un rôle dramatique et militant. Joué avec intensité et un sens aigu de la complicité avec le spectateur, le comédien est dans l’intimité d’un personnage qui a vraiment existé : Claude Eatherly...



© Sabrina Budon.
© Sabrina Budon.
Claude Eatherly est l’homme qui a obéi et donné l’ordre de largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Il n’est plus que l’ombre de lui-même, portant seul jusqu’au cœur de sa folie le poids de la culpabilité. Des éclipses de lucidité enferment sa conscience dans l’impasse de conflits insolubles. C’est qu’avec lui l’humanité n’a plus de virginité atomique.

Comparse du personnage principal, le journaliste et philosophe Gunter Anders (Régis Vlakos), en contre-ombre, apporte la dimension raisonnable, raisonnante et ratiocineuse. Le jeu approfondit les duos, les duels, n’hésitant pas, dans le dialogue des genres au-delà des mots, à cultiver des registres clownesques froids. Comme un anti-docteur Folamour.

© Sabrina Budon.
© Sabrina Budon.
Le fil du spectacle alterne intermèdes de pur divertissement et projections filmiques à la dimension didactique et provocatrice parfaitement assumée. Il est scandé par les apparitions de Charlotte Zotto en vendeuse de bonbons (iodés) craquante comme du pop-corn. Les effets de rire et d’émotion s’en trouvent amplifiés.

Ainsi porté, le spectateur démasque les peurs sourdes qui le hantent par rapport à l’atome et accomplit un véritable travail d’accouchement de la conscience. La pièce se développe comme une sotie moderne.

Qui est sage parmi les fous est fou parmi les sages.

"Little Boy"

© Sabrina Budon.
© Sabrina Budon.
Texte : Régis Vlakos.
Mise en scène : Christophe Luthringer.
Avec : Christophe Alévêque, Régis Vlakos et Charlotte Zotto.
Lumière : Thierry Alexandre.
Musique et bande son : Franck Gervais.
Costumes : Gaël Yannic.
Chorégraphie : Caroline Roelands.
Vidéo : Fred Mathias.
Scénographie : Juliette Azzopardi.
La Cie du Grand soir.
Durée : 1 h 10.
Texte inédit, création Avignon 2014 avec le soutien du Fonds SACD pour la création, de l’association Beaumarchais SACD et de la Spedidam.

Avignon Off 2014
Du 5 au 27 juillet 2014.
Tous les jours à 20 h 40.
Théâtre du Balcon, Avignon, 04 90 85 00 80.
>> theatredubalcon.org

Mercredi 4 février 2015 à 20 h 30.
Théâtre Traversière, Paris 12e, 01 43 41 81 27.
>> traversiere.net

Jean Grapin
Mercredi 9 Juillet 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024