La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Volpone... Rire de l'avarice en malice !

"Volpone (ou Le Renard)", Théâtre de Verdure du Jardin Shakespeare, Paris

La comédie de Ben Jonson est portée par la mise en scène de Carine Montag qui n'a pas hésité à jouer de tous les ressorts de la pièce pour en faire une vraie farce. Les costumes, le jeu, la scénographie font de Volpone un régal de théâtre où le vice se hisse jusqu'à être pendu.



© DR.
© DR.
Le théâtre de verdure du jardin Shakespeare est un beau théâtre situé dans un cadre naturel très agréable où se côtoient arbustes, buissons, fosse, pierres et scènes (le tout dans l'ordre ou le désordre ne change rien). Et quand Volpone apparaît, allongé sous une couverture rouge vermillon, à moitié mourant puis rugissant comme un lion, on se prend à rêver que ce cadre idéal colle tout à fait au personnage et à son valet. Et la déception n'est pas au rendez-vous.

Ben Johnson, rival de Carl Lewis et connu par tous les amateurs d'athlétisme, n'a rien à voir avec Ben Jonson, rival de Shakespeare et grand dramaturge devant l'Éternel. L'un affûtait ses armes aux anabolisants quand l'autre a écrit une cinquantaine de pièces dont son chef-d'œuvre "Volpone", des poèmes et des masques*. L'un est mondialement connu alors qu'il ne le devrait pas quand l'autre l'est trop peu alors qu'il le devrait. Il est des noms dont le Théâtre n'a pas voulu, par caprice ou ingratitude du temps, garder suffisamment au chaud.

Volpone reçoit dans sa chambre, en compagnie de son valet Mosca, différents prétendants très friands de le voir tomber, sans son argent, à trois lieux sous terre pour se voir désigner, à l'aide de maints flatteries et cadeaux, légataire testamentaire. Sauf que… sauf que Volpone se joue de l'avarice des uns pour s'amuser des autres et pour être au final… floué ! À malin, malin et demi.

© DR.
© DR.
La comédie est drôle, charmante et grinçante. En miroir, la mise en scène est tout aussi drôle, tout aussi charmante et tout aussi grinçante. Elle bouscule les situations en leur faisant prendre un tour décalé, appuyé par un jeu qui ne s'offusque pas de grossir les traits des personnages. Carine Montag laisse ainsi l'interprétation aller dans des directions où elle pousse la farce jusqu'à ses limites. Comme dans cette scène du tribunal où le juge tombe un moment dans la fosse et arrive à en sortir à l'aide d'une corde. Il y a aussi le personnage de Corbaccio (Jérôme Sétian) qui est superbe d'outrances gestuelles, et ce, sans tomber dans la caricature.

Point d'orgue, la musique du même Jérôme Setian plonge la pièce dans une belle atmosphère, accompagnant les personnages vers une destinée où, manipulés par un faux mourant flanqué d'une vraie avarice, chaque personnage se retrouve piégé dans son propre vice. C'est beau, léger et truculent. Un vrai plaisir !

* Pièces lyriques qui sont des divertissements de cour construits sur des thèmes mythologiques, accompagnées de danses et de chansons.

"Volpone (ou Le Renard)"

© DR.
© DR.
Texte : Ben Jonson.
Mise en scène, traduction, adaptation : Carine Montag.
Avec : Frédéric Roger, Olivier Banse, François Lis ou Emmanuel Guillon, Pascal Lifschutz, Jérôme Sétian, Joyce Brunet, Martin Verschaeve, Jean Siffermann, Anne-Fanny Kessler.
Musique : Jérôme Sétian.
Durée : 1 h 40.

Jusqu'au 27 septembre 2015.
Du mardi au vendredi à 20 h, samedi à 19 h et dimanche à 18 h.
Samedi et dimanche à 18 h du 5 au 27 septembre.
Théâtre de Verdure du Jardin Shakespeare, Route de la Reine Marguerite, Au Pré-Catelan, Bois de Boulogne, Paris 16e, 06 12 39 30 69.
>> jardinshakespeare.com

Safidin Alouache
Mercredi 26 Août 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024