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Théâtre

Claude Rich vend son âme au diable

"L'Intrus", Comédie des Champs-Élysées, Paris

À la Comédie des Champs-Élysées, "L’Intrus" a du mal à nous convaincre. Le texte d’Antoine Rault est raté, alambiqué, plutôt prétentieux… La mise en scène de Christophe Lidon, qui travaille à la chaîne, est carrément de mauvais goût… Reste cependant deux comédiens exceptionnels et un sujet qui aurait pu être passionnant.



L'Intrus © D.R.
L'Intrus © D.R.
Pour sa troisième collaboration avec Claude Rich, après les très réussis Le Caïman et Le Diable rouge, l’auteur Antoine Rault s’intéresse cette fois au mythe de Faust qu’il revisite selon les codes de notre monde actuel : Henri est un grand scientifique qui a consacré toute sa vie à l’étude du cerveau et à la maladie d’Alzheimer. Une nuit, il découvre un intrus dans son lit, un jeune homme mystérieux, la maladie elle-même en fait, qui lui propose un pacte diabolique : une dernière jeunesse de quelques instants en échange de son âme… La pièce reprend donc le thème de Faust en le traitant comme une "comédie existentielle" mettant en scène l’homme d’aujourd’hui face aux éternelles questions de la vie, de la mort, de l’amour, du bonheur… Mais que les élèves travaillant leur bac de philo ne s’y trompent pas et passent leur chemin ! Malgré de grandes réussites littéraires, Antoine Rault nous a pondu cette fois un texte bien décevant, tissé de bons mots faciles et de réflexions philosophiques de comptoirs…

On est même quelque peu atterrés de voir deux si bons comédiens défendre de telles banalités. La pièce veut jouer sur les dédoublements de personnages, les retours en arrière, l’entrecroisement des fantasmes et de la réalité, de la folie et des réminiscences… Comme si nous étions nous-mêmes dans la mémoire du personnage, dans son cerveau. Ambitieux, pour le moins. Et raté… car tout cela est plutôt foutraque, sans aucune finesse, et les gros sabots de Christophe Lidon n’arrangent rien. Sa mise en scène dégoulinante de lumières rouges et violettes, use et abuse d’effet "magiques" complètement éculés : bruitages, bascule d’éclairages, miroirs sans teint… La scénographie de Catherine Bluwal - comme souvent chez elle - compose une ambiance très baroque. Mais, cette fois, elle va de pair avec l’ensemble : un manque patent d’inspiration.

L'Intrus © D.R.
L'Intrus © D.R.
Au milieu de ce maelström peu entraînant, il faut se concentrer sur le positif de ce spectacle : le bonheur intact de voir Claude Rich sur une scène. Le sourire est toujours aussi éclatant et le regard pétillant. Il fait vivre son personnage avec une classe inimitable. Il nous touche aussi, même si on ne peut s’empêcher de regretter que l’ensemble soit bien en dessous de la stature de ce comédien.

L’autre joie réside dans le choix parfait de distribution pour ce fameux intrus : Nicolas Vaude, cheveux en bataille et sourire magnifiquement inquiétant, compose un diablotin bondissant, aussi bien effrayant que séduisant, dans une parfaite maîtrise des ruptures. Leur duo fonctionne à merveille, c’est un vrai régal. Pour les trois autres comédiens, même si la fille de Claude Rich en fait partie, force est de constater qu’ils font bien pâle figure face à ces deux têtes d’affiches.

Si l’on peut pardonner aisément un raté à Antoine Rault qui a déjà produit tant de belles pièces auparavant (on pense notamment à celle mise en scène par Bruno Abraham Kremer, La Vie sinon rien), il n’en va pas de même pour Christophe Lidon qui peut-être qu’à force de tant travailler se disperse et perd autant en créativité qu’en finesse.

Quant aux comédiens… mais qu’allaient-ils bien faire dans cette galère ?

"L'Intrus"

(Vu le 16 septembre)
Texte : Antoine Rault.
Mise en scène : Christophe Lidon.
Assistante à la mise en scène : Sophie Gubri.
Avec : Claude Rich, Nicolas Vaude, Jean-Claude Bouillon, Delphine Rich, Chloé Berthier.
Musiques : Michel Winogradoff.
Créateur lumières : Marie-Hélène Pinon.
Costumes : Claire Belloc.
Décorateur : Catherine Bluwal.
Durée: 1 h 40.

Spectacle du 8 septembre au 31 décembre 2011.
Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 16 h 30.
Comédie des Champs-Élysées, Paris 8e.
Réservations : 01 53 23 99 19.
>> www.comediedeschampselysees.com

Michaël Duplessis
Jeudi 6 Octobre 2011

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