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Théâtre

Festival Off d'Avignon 2021 : Chronique d'un naufrage annoncé

Sauvons le Festival Off d'Avignon 2021 et le spectacle vivant indépendant !

Nous, Compagnies et Producteurs•rices indépendants•es de France, d'Outre-Mer et de l'Étranger ; Nous, Théâtres Indépendants d'Avignon ; Nous, Amateurs•rices de spectacle vivant et Spectateurs•rices assidus•es ; Nous, Artistes nationaux et internationaux ; Nous, Auteurs•rices, Compositeurs•rices ; Nous, Techniciens•nes permanents•es et intermittents•es ; Nous, Programmateurs•rices et Diffuseurs ; Nous, Journalistes ; Nous, Organisations Professionnelles, Syndicats ; Nous, Travailleurs Saisonniers ; Nous, Restaurateurs•rices, Hôteliers, Commerçants•es, Sous-traitants, Acteurs•rices touristiques et économiques



Une rue d'Avignon pendant le festival © Gil Chauveau 2022.
Une rue d'Avignon pendant le festival © Gil Chauveau 2022.
Toutes et tous participants•es au Festival Off d'Avignon !

À 4 mois de l'hypothétique lancement de la prochaine édition de notre festival et suite à l'annonce par le gouvernement d'une possible réouverture des lieux culturels à partir du 15 avril, face au naufrage artistique, culturel, social et économique qui s'annonce pour l'ensemble de la filière du spectacle vivant indépendant et sur nos territoires du Grand Avignon, du Département, de la Région de la France et de l'Europe, nous interpellons :

Madame la Ministre de la Culture,
Madame la Maire d'Avignon,
Monsieur le Président du Grand Avignon,
Monsieur le Président du Conseil Départemental,
Monsieur le Président du Conseil Régional,


À ce jour, aucun des acteurs du Off que nous sommes n'est en mesure, faute de cadre et de moyens appropriés, de se projeter pour savoir si nous pourrons faire vivre ici, à Avignon, un été de festivals.

Le Off d'Avignon n'est pas un festival comme les autres : il s'appuie sur un réseau de salles privées dont la programmation nécessite une anticipation indispensable puisqu'elle repose sur le principe d'une "prise de risque" pour les compagnies, les producteurs et les théâtres qui doivent faire le choix dès la mi-avril de prendre ou non ce risque pour être prêts à travailler en juillet.

Le contexte pandémique impose des mesures sanitaires qui aggravent cette prise de risque habituel et met en péril le fragile modèle économique du Off car les conditions d'exploitation des uns comme des autres seront nécessairement dégradées.

Or, aujourd'hui, ni l'État, ni les collectivités territoriales ne semblent prendre en compte la spécificité de ce modèle si particulier, pourtant vital tant pour la filière du spectacle vivant indépendant que pour le territoire, même si la crise actuelle en a rendu plus évidentes les limites et les insuffisances et qu'une perspective pour tous, dès 2022, sera de repenser ce modèle à l'aune de l'expérience des saisons blanches que nous connaissons depuis 18 mois.

Précisons que cet évènement unique en France tant en termes de volume d'activité que de production de richesses irrigue directement et indirectement le territoire local, régional et national, voire au-delà.

Il représentait en 2019 (1) :
- plus de 30 000 représentations en 3 semaines ;
- 1 600 spectacles présentés par plus de 1 300 compagnies ;
- 1,7 millions d'entrées pour 12 millions d'euros de recettes totales ;
- 300 000 spectateurs dont 37 % de touristes, 38 % issus de la Région Sud et 18 % du Grand Avignon ;
- Près d'un million de droits d'auteurs collectés ;
- l'équivalent de 558 emplois non délocalisables à temps plein générés pour le Grand Avignon ;
- plusieurs centaines de milliers d'heures de travail réalisés par plus de 5 000 artistes et techniciens.


Rappelons aussi que 25 % de la diffusion nationale du spectacle vivant est programmée à partir et grâce au Off d'Avignon.

À défaut d'être reconnu pour l'acteur culturel essentiel qu'il est pourtant, le Festival Off d'Avignon est un acteur économique incontournable :
Hors flux financiers liés aux compagnies et aux théâtres, le festival Off d'Avignon représente 40,2 millions d'euros d'impact économique sur le territoire avec 49,6 millions d'euros dépensés auprès d'acteurs économiques locaux dans le cadre du festival.

Il est cependant, en dehors des aides directes à la diffusion accordées aux compagnies et aux producteurs qui participent au Off le "laissé pour compte" des politiques culturelles de l'État et des collectivités territoriales en 2021, comme depuis 50 ans (2) :

- pas de moyens pour les acteurs culturels et économiques du Off dans le plan de relance du Ministère de la Culture pour le spectacle vivant de 421 millions d'euros ;
- pas d'accompagnement des acteurs culturels et économiques du Off dans le Plan de Soutien aux Entreprise du territoire de la Mairie d'Avignon et de l'agglomération du Grand Avignon ;
- pas d'aide au maintien de l'activité des acteurs culturels et économiques du Off dans le Pacte d'Effervescence Culturelle de 65 millions d'euros de la Région Sud.

Il est pourtant avéré qu'en 2019, pour 1 € de subvention locale, le festival Off d'Avignon injecte 2 468 € dans le tissu économique local !
(2)

Après une première annulation subie sans réelle compensation (460 000 € via un Fond d'urgence destiné aux théâtres financé par le Ministère de la Culture), si les conditions de réouverture, pour cet été, des salles de spectacle assises ne sont pas arrêtées avant le 15 avril prochain, une grande majorité des acteurs du Off va se désister, comme en attestent toutes les enquêtes réalisées à ce jour.(3)

Le Festival Off 2021 s'annulera de lui-même, faute de combattants, puisqu'aucune des parties concernées ne pourra se projeter sur les conditions d'un festival laissant compagnies, producteurs et théâtres prisonniers d'un modèle économique suicidaire où les uns et les autres seraient contraints de travailler à perte.

Et en dernier ressort, face à une deuxième année blanche qui se profile pour tous.

L'engagement de l'État et des Collectivités Territoriales est indispensable pour que soit compensé l'impact économique des contraintes d'accueil du public et des artistes puisque personne aujourd'hui ne peut croire que la pandémie sera derrière nous en juillet prochain.

Aujourd'hui, les Théâtres Indépendants d'Avignon sont au cœur des enjeux économiques et culturels d'Avignon, tout comme les compagnies et les producteurs indépendants.

Si le Festival Off d'Avignon est loin d'être parfait et ne demande pas mieux que de sortir de l'impensé politique dans lequel il s'est développé afin d'être réinventé, ce n'est pas en le laissant mourir de sa belle mort que de nouvelles fondations seront construites. On bâtit peu et mal sur un champ de ruines.

- La perspective d'une réouverture des salles de spectacle au niveau national comme annoncé par le gouvernement à l'horizon du 15 avril 2021 ;

- La prolongation de l'année blanche pour les artistes et techniciens relevant du statut de l'intermittence du spectacle (les annexes IX et X) ;

- Des protocoles sanitaires clairs et précis permettant d'anticiper les contraintes à venir et d'en chiffrer le coût ;

- La vaccination, sur la base du volontariat, des personnels des compagnies et des théâtres en tant qu'acteurs essentiels de la vie du pays, une fois que toutes les personnes à risque et prioritaires l'auront été afin de limiter les possibilités de contamination liées au brassage des populations inhérent au Off et dans l'objectif de rassurer les publics afin de favoriser leur retour dans les salles ;

- La mise en place d'un fond de compensation de billetterie dédiés aux théâtres et aux compagnies participant au Off afin de couvrir leurs pertes d'exploitation ;

- La mise en place d'un plan de relance de l'emploi artistique et technique (doublement du Fonpeps, fond de soutien solidaire à la professionnalisation, etc.) ;

- Le prolongement du fond de solidarité pour les TPE/PME en direction des théâtres afin de couvrir leurs pertes d'exploitation ;

- Un fond d'urgence Spectacle Vivant (FUSV) spécifique pour les théâtres privés d'Avignon adapté à leur modèle économique pour les aider à faire face à leurs charges fixes ;

- Un fond solidaire en cas d'annulation due directement au Covid financé à parité par les théâtres et les compagnies afin d'indemniser si des cas de contamination sont déclarés ;

- La dotation de moyens spécifiques pour abonder le Fonds Prévention Covid ;

- Des aides spécifiques pour permettre aux théâtres, aux producteurs et aux compagnies de faire face aux investissements nécessaires pour rendre compatibles leurs outils de travail avec les contraintes du Covid ;

- Des aides spécifiques pour mettre en place une communication d'envergure destinée à inciter les publics à revenir dans les salles en sécurité et en confiance.

Il y a urgence à ce que la puissance publique se détermine avant que l'absence d'anticipation et de vision politique pour le Festival Off d'Avignon ne le fasse à sa place !

Il est encore temps !

Ce qui est en jeu, au-delà de l'avenir du PLUS GRAND THEATRE DU MONDE, d'une filière, des emplois directs et indirects assortis, d'une richesse et d'un patrimoine immatériel incomparables, c'est le tracé de la ligne de départ pour la reprise et la relance de ce qui, plus que jamais, est ESSENTIEL : l'expérience du sensible, du plaisir, du beau, si indispensables à nos vies d'hier, d'aujourd'hui et de demain !

Nous sommes TOUS PRÊTS, PUBLICS ET PROFESSIONNELS à une reprise de l'activité artistique et culturelle pour être au rendez-vous du Festival Off 2021. Nous y croyons.

Et vous ? Si vous y croyez >> Signer la pétition

Interpellation à l'initiative de la Fédération des Théâtres Indépendants d'Avignon (F.T.I. A.) et de ses adhérents…
>> ftia.fr

(1) Sources : Étude Gece à la demande du Cofees "Publics et retombées socio-économiques" du Festival Off d'Avignon à la demande du Collectif des Festivals Éco-responsables et Solidaires - 2019.
(2) En 2019 : Moins de 60 000 € de subventions annuelles accordées à AF&C, association coordinatrice de la communication du Off d'Avignon (dont 40 000 € du Ministère de la Culture - DRAC PACA et 15 000 € de la Ville d'Avignon…).
(3) Enquête novembre 2020 coréalisée par les EGOFF et la FTIA + Enquête janvier 2021 réalisée par la FTIA seule auprès d'un panel respectif de 600 et 400 professionnels participant au Off d'Avignon.

FTIA & Gil Chauveau
Jeudi 11 Mars 2021


1.Posté par Xavier Leloux le 12/03/2021 08:08
Le spectacle vivant a besoin d’un cadre pour se projeter.

2.Posté par Debarbat le 12/03/2021 08:14
Courage à tous les acteurs culturels d'Avignon

3.Posté par Bindault le 12/03/2021 08:43
Sauver Avignon off

4.Posté par DELANOE Catherine le 12/03/2021 11:11
Sauvez Avignon !

5.Posté par Moreau Maryline le 13/03/2021 10:21
Pour que vive le festival!

6.Posté par LAMBLOT JACQUES le 14/03/2021 01:52
il est vital que le monde du spectacle vive et nous avec

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"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
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"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024