La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Tout va bien se passer"… Une sobriété élégante pour une chorégraphie de la douleur et de la purification

"Tout va bien se passer", Théâtre La Reine Blanche

Le théâtre La Reine Blanche, qui facilite un dialogue entre le secteur de la connaissance scientifique et l'art du théâtre, présente "Tout va bien se passer" consacré à la fécondation in vitro. Maïa Brami décrit dans son texte la journée ordinaire d'une jeune femme actuelle marquée par une poisse maximale.



© DR.
© DR.
Le monologue dans sa simplicité suit par le menu les événements qui conduisent une jeune femme du rendez-vous médical largement banalisé à la bordure d'un accident médical majeur.

Les confins de la ville, l'absence de taxi, le talon d'escarpin cassé, le bus bondé… Stress urbain par excès, stress intime par manque : elle porte les paillettes congelées dans ses bras. Un futur enfant en devenir.

Tout est dit. La virtuosité de la technique médicale, et conséquemment sa taylorisation des actes et la fonctionnalisation de ses espaces. Mais aussi la standardisation et la multiplication des tâches. L'accélération du temps. L'intensité des instants. La montée des contradictions entre la revendication du droit au corps, l'exigence de respect dû à la personne et dans le même mouvement la dépersonnalisation du sujet et la fragilité de la technique. C'est ce tissu de contradictions qu'un mauvais coup de lancette va déchirer. Et porter au point critique. Au point tragique.

© DR.
© DR.
Il suffit en effet d'un peu de routine et de fatigue et d'un cas médicalement singulier pour que l'aléa surgisse, l'accident. Et qu'apparaissent les limites d'une croyance archaïque en l'invulnérabilité de l'être et l'infini de la capacité à maîtriser la nature. Aléa dont on recherche bien évidemment à imputer la responsabilité à l'autre.

Dans sa mise en espace avec une sobriété élégante Bruno Fougniès suscite une chorégraphie de la douleur et de la purification. Sa comédienne porte avec justesse la parole de Maïa Brami. Le débat est enclenché. Le spectateur applaudit et réfléchit.

"Tout va bien se passer"

© DR.
© DR.
Pièce musicale de Maïa Brami.
Mise en scène : Coralie Emilion-Languille, Bruno Fougniès.
Avec : Coralie Emilion-languille et David Kpossou.
Collaboration à la mise en scène : Maïa Brami.
Musique originale : David Kpossou.
Styliste : Laurence Benoit.
Décor : Emanuel Reveillére.
Collaborations artistiques : Bouziane Bouteldja, Arnaut Vernet.
Productions : Honorine Productions et nopog productions.
Durée : 1 h 10.

Du 7 au 23 juin 2018.
Du mardi au samedi à 19 h. Relâche le 20 juin.
Théâtre La Reine Blanche, Salle Marie Curie, Paris 18e, 01 40 05 06 96.
>> reineblanche.com

© DR.
© DR.

Jean Grapin
Mercredi 13 Juin 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024