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Nomination de Thomas Jolly à la direction du Quai, centre dramatique national d'Angers  21/09/2019

Nomination de Thomas Jolly à la direction du Quai, centre dramatique national d'Angers

Franck Riester, en plein accord avec Christophe Béchu, maire d'Angers, et Christelle Morançais, présidente de la Région Pays-de-la-Loire, a donné son agrément à la proposition du jury de nommer Thomas Jolly à la direction du Quai, centre dramatique national d'Angers.

Né en 1982, Thomas Jolly est comédien et metteur en scène au sein de sa compagnie "La Piccola Familia". Ancien élève de l'école supérieure nationale du Théâtre National de Bretagne et accompagné depuis toujours par un grand nombre de théâtres sur le territoire, il est un enfant de la décentralisation théâtrale dont il revendique l'héritage. Il a su conquérir les professionnels comme le grand public par ses mises en scène d'"œuvres monstres", comme "Henri VI" de Shakespeare, qui a marqué le public du Festival d'Avignon en 2014, où "Thyeste" de Sénèque, présenté en 2018 dans la Cour d'Honneur de ce même festival. Partisan d'un théâtre populaire, exigeant et festif, il a également mis en scène des opéras comme "Eliogabalo" de Cavalli ou "Fantasio" d'Offenbach.

Pour le Quai, il a proposé un projet pleinement en phase avec ce qui constitue l'ADN de ce lieu unique : une maison d'artiste, un carrefour bouillonnant, une programmation audacieuse, riche de la diversité des pratiques et des esthétiques, en prise avec son territoire et ouverte sur le monde. Convaincu que des outils comme le Quai permettent à chacun de "pouvoir aller au théâtre", il souhaite relever le défi de donner l'envie à tous de "vouloir aller au théâtre" et les clés pour "savoir aller au théâtre". Tirant parti de l'architecture singulière du Quai, Thomas Jolly fera ainsi du forum le lieu d'une "saison mitoyenne" de formes hybrides, accessibles aux simples curieux comme aux spectateurs avertis.

Plaçant la présence artistique au cœur de son projet, il a prévu de s'entourer de 4 à 6 comédiens, qui incarneront au quotidien le lieu, mais aussi d'une "constellation" d'artistes invités au sein de "l'atelier de création". Artiste de texte, Thomas Jolly constituera enfin un "Département d'écriture pour la scène contemporaine", conçu comme un "générateur de textes" susceptible de dire le monde d'aujourd'hui.

Il prolongera ainsi le travail mené par Frédéric Bélier qui a marqué de son empreinte l'histoire récente de ce lieu. Franck Riester salue avec chaleur "l'attention sans cesse renouvelée de Frédéric Bélier-Garcia à la diversité des formes et sa capacité à susciter l'enthousiasme du public". Ce dernier poursuivra son travail au sein de sa compagnie avec le soutien du ministère de la Culture.

Photo : Le quai vu de La Maine © DR.
La Rédaction

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"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

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Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

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La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

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"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

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© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

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Bruno Fougniès
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