La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Billet n°7 : Un apéritif de la colère…  23/06/2011

Je vous appelle à un Apéro Festif, pour fêter notre colère, à 18 h le Samedi 25 Juin, Place de l'Odéon.
Soyons 20, 20 Milles, ou 2 Millions : nous nous battrons pour que des milliers de troupes et des dizaines de milliers de professionnels puissent vivre de leur travail et avoir une reconnaissance sociale.

À vous mes amis qui avez une conscience aiguë des droits et surtout des devoirs du Théâtre vis à vis de la cité. Vous qui appartenez au peuple, et qui le savez. Vous savez que pour que le théâtre soit accessible à tous, étant donné que la moitié de la population ne gagne même pas le SMIC, il n'est pas rentable. C'est donc l’État qui subventionne, donc le Peuple (Oui, je crois encore en la démocratie et à l’État, n'en déplaise aux cyniques) ! Vous qui travaillez avec rigueur et humilité, pour souvent aucun salaire, aucune reconnaissance de vos "pairs installés" et des institutions étatiques ou territoriales, vous qui faites tout de vos mains (qui touchez à tous les corps de métiers du théâtre), dans des petites salles, des squats, des garages…

Comment pouvez-vous accepter le comportement de certaines directions des théâtres en France?

Vous les connaissez ces petits roitelets de cour qui sont chez eux dans l'espace public d'un théâtre d’État, qui vous feront peut être l'aumône d'une parole à un pot de première si vous avez l'adoubement d'un tel ou d'un tel, qui vous font sentir mauvais au centre de ces rires haut perchés, ces soupirs mondains, de ces statues de cires qui jouent les silences car ils n'ont pas grand chose à dire. Ces petits directeurs de CDN qui pensent à leurs points retraites ou à leurs primes de départ, qui se moquent de leurs publics et de ces jeunes qui frappent comme des sourds à la porte de pierre de leurs Théâtres. Cette Jeunesse qui frappe de la tête qui gicle rouge pour avoir la parole.

Le théâtre n'a jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui, car il crée du Sacré avec de l'Impie, il donne droit de se réinventer de se reconstruire, d'être créateur d'espoir, d'utopies, de poésie.
poïêsis.

Alors comment pouvez vous accepter (et je pense… ne l'acceptez pas) qu'une caste dirigeante cumule tous les plus hauts postes du théâtre en France : directions de scènes nationales, metteurs en scène sur ces mêmes scènes, professeurs des écoles nationales, experts des comités de subventions...?

Alors comment pouvez vous accepter (et je crois… ne l'acceptez pas) que seules 600 compagnies sont subventionnées par les DRACs, (dont la moitié sont déjà installées sur les scènes nationales), alors que la Comédie Française touche 30 Millions d'Euros de subventions annuelles, l'Odéon 27 Millions, la Colline 20...? Et que plus 90 % des autres Troupes ne touchent strictement rien ?

Alors comment pouvez vous accepter (et j'espère… ne l'acceptez pas) qu'il n'y ait presque aucun directeur d'origine africaine (quant l'on connaît un peu l'Histoire de la France avec ces colonies) ? Et si peu de femmes ?

Alors comment pouvez vous accepter (et peut-être… ne l'acceptez pas) que la sélection des Écoles Nationales se déroule au travers des concours les plus individualistes qui soient ?
Pourquoi ne pas sélectionner sur des appels à projets à 5 ou 6 candidats avec 20 minutes de plateau et une idée du théâtre ? Pourquoi la créativité et la Poésie sont-elles toujours les derniers enjeux pour les institutions ?
Ne pourrait-on pas réduire de moitié les quinze mille Euros annuels de coût de scolarité d'un élève, et prendre le double d'élèves ? Ce qui créerait des concours et des ambiances moins élitistes et prétentieuses…

Alors comment pouvez vous accepter (et j'espère... ne l'acceptez pas) que les "Scènes d’État" font souvent moins de 150 levés de rideau (représentations) par an ? Ne pourrait on pas accueillir des Jeunes compagnies qui crèvent de ne pouvoir montrer leurs travaux ? Ouvrir leurs théâtres ne leur coûterait pas un dixième du budget maquillage d'un spectacle subventionné...

Alors comment pouvez vous accepter (et je crois… ne l'acceptez pas !) qu'il n'y ait aucune place pour le théâtre de rue pourtant si foisonnant dans les Scènes Nationales, alors qu'elles n'arrêtent pas de discourir sur la prégnance du théâtre dans l'espace public... Pourquoi les troupes des scènes subventionnées ne tractent elles pas le dimanche sur les marchés, comme dans "les Enfants du Paradis", ou comme les jeunes compagnies au Festival d’Avignon ? Cela donnerait une autre image du théâtre aux 95 % de la population qui n'y va jamais, autre que la mortuaire Cérémonie des Molières. Ont-ils peur de serrer la main du Peuple?

J'en suis sûr maintenant, tout comme moi, vous ne l'acceptez pas. Et je vous demande donc de prendre la parole, notre parole.

Je dis notre parole car depuis 7 ans que je produis des pièces, (en tant qu'Auteur, Metteur en scène et chef de troupe) dans plus d'une vingtaine de Théâtres et de Festivals, la plupart des gens que j'ai rencontrés (vous, toi, moi) a ce même ressenti de mépris vis à vis des administrations du Théâtre subventionné.

Si je n'ai pas mentionné avant mon parcours c'est que mon Appel est politique et je ne cherche en aucun cas un appui ou une aide de votre part sur mes propres projets car cela dévaloriserait notre parole. Cet Appel défend tous les théâtres sous toutes ces formes sans aucun jugement de valeur.

Je vous appelle donc à un Apéro Festif, pour fêter notre colère, à 18 h le Samedi 25 Juin, Place de l'Odéon. À Samedi 25 !!!

Évidement cet Appel est à diffuser (Mail, Facebook, Bouches à Oreilles, etc.).

Évidement cet Appel est à débattre dans vos cours, vos répétitions, vos Théâtres.

Et tous ceux qui ont un peu de temps, qui veulent nous aider à diffuser notre appel, n'hésitez pas à me contacter pour que l'on s'organise...

L'Illustre Léon.
Auteur, Metteur en Scène de la Compagnie des Anges de Comptoir.
Assistant d'éducation à Montreuil sous Bois.
Professeur d'Art dramatique au Cours Florent.
lillustreleon@gmail.com
Recueilli par La Rédaction


1.Posté par L BARON ISABELLE le 24/06/2011 18:45
Mais c'est terrible ! je ne suis pas là demain, c'est terrible !!!! pouvez vous décaler ? proposer un soir de semaine ? je suis tellement d'accord, tellement touchée, tellement auteur, tellement théâtre... j'ose croire, espérer, penser.. à des jours meilleurs où nous ne serons plus obligés d'être triés sur le volet, d'être pistonnés pour avoir une chance de jouer, d'être présenté à tel ou tel... j'ose imaginer qu'un jour les caves que l'on nous propose contre des centaines d'euros plieront bagage pour abus ...de cartons, je veux croire que les subventions ne seront pas toujours attribuées aux mêmes, que si nous écrivons de la poésie c'est une autre façon de voir la vie sans être pour autant "maudit"...
Merci de ce que vous proposer, je ne suis pas là, pour la première fois je regrette de quitter Paris, alors j'ose espérer un nouvel apéro..

Cordialement
Isabelle L Baron
Auteur & comédienne

2.Posté par L BARON ISABELLE le 24/06/2011 18:48



Mais c'est terrible, je ne suis pas là demain, c'est terrible !!!! pouvez vous décaler ? proposer un soir de semaine ? je suis tellement d'accord, tellement touchée, tellement auteur, tellement théâtre... j'ose croire, espérer, penser.. à des jours meilleurs où nous ne serons plus obligés d'être triés sur le volet, d'être pistonnés pour avoir une chance de jouer, d'être présentés à tel ou tel... j'ose imaginer qu'un jour les caves que l'on nous propose contre des centaines d'euros plieront bagage pour abus ...de cartons, je veux croire que les subventions ne seront pas toujours attribuées aux mêmes, que si nous écrivons de la poésie c'est une autre façon de voir la vie sans être pour autant "maudit"...
Merci de ce que vous proposez, je ne suis pas là, pour la première fois je regrette de quitter Paris, alors j'ose espérer un nouvel apéro..

Cordialement
Isabelle L Baron
Auteur & comédienn

Nouveau commentaire :





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024