La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Un objet esthétique qui interroge sur l’état de l’Art, sur la grâce...

"Ma chambre froide", Odéon-Théâtre de l’Europe, Atelier Berthier, Paris

Un patron tyrannique qui agglomère de façon chaotique les activités voudrait être glorifié par son personnel et pour cela fait une bonne œuvre en lui léguant alors qu’il se sait mourant ses établissements (magasins, cimenteries, bars de nuit, etc.). Les employés déculturés par le mode de management qui ménage si peu les hommes et les femmes échouent dans l’entreprise au risque du ridicule ou de la compassion.



© Élisabeth Carecchio.
© Élisabeth Carecchio.
Dans son argument, "Ma chambre froide" a pour objet d’étude les effets du paternalisme.
Le dispositif scénique en forme d’arène, la structure du récit par l’alternance de séquences courtes et denses présentées à un rythme soutenu, la beauté et la précision esthétique des scènes en clair obscur purgent progressivement le rire du spectateur de tout sentiment de farce de la réalité. L’univers proposé s’offre comme enchanté. Il est celui d’un conte cruel et noir.

Il serait ainsi une fois un monde fermé…

Où comme en un bocal s’agiteraient les personnages d’un cirque piteux. Où les caractères, forgés par une forme de dressage, biaiseraient les attitudes. En groupe, l’animal humain engendre une victime qui se désigne en sacrifice. La victime comme point ultime, point sublime d’une histoire.

© Alain Fonteray.
© Alain Fonteray.
Ma chambre froide a la manière d’un mystère médiéval et raconte avec l’appui d’une voix off la triste véridique et édifiante histoire d’Estelle.

Estelle est une bouche trou, tellement dévouée qu’elle dérange, souillon méprisée, haïe. Par elle se concrétise l’appel au meurtre. Mystique dans son désir de souillure. Sainte par son statut, Martyre par son destin ou Tyran par son action, en retour Estelle voit son rêve de beauté, d’harmonie chavirer. Le récit de sa vie plonge dans un néant à la dimension implicitement ironique. Voire de la part de l’auteur d’auto ironie.

Pourtant le spectateur ressent comme une harmonie tant est forte l’illusion produite par la matière et la manière théâtrale de Joël Pommerat.

La composition formelle et le propos sont maitrisés à la fois fluides et denses : décantés. "Ma chambre froide" est un objet esthétique qui par les moyens du théâtre s’interroge sur l’état de l’Art, sur la grâce. En réelle modestie. En toute conscience naïve.

"Ma chambre froide"

© Alain Fonteray.
© Alain Fonteray.
Texte et mise en scène : Joël Pommerat.
Compagnie Louis Brouillard.
Direction technique : Emmanuel Abate.
Scénographie et lumière : Éric Soyer.
Son : François Leymarie et Grégoire Leymarie.
Costumes et corps d’animaux : Isabelle Deffin avec Morgane Olivier et Karelle Durand.
Sculptures et têtes d’animaux : Laurence Bérodot et Véronique Genet avec l’aide de Mélodie Alves, Katell Auffret, Lise Crétiaux et Marie Koch.
Collaboration aux perruques : Nathalie Regior.
Recherche iconographique : Isabelle Deffin.
Recherches, documentations : Martine De Michele et Garance Rivoal.
Assistant à la mise en scène : Pierre-Yves Le Borgne.
Stagiaire à la mise en scène : Peggy Thomas (lauréate du prix Huisman).
Avec : Jacob Ahrend, Agnès Berthon, Saadia Bentaïeb, Lionel Codino, Serge Larivière, Frédéric Laurent, Ruth Olaizola, Marie Piemontese, Dominique Tack.
Durée : 2 h 10 sans entracte.

Du 7 au 25 juin 2012.
Du mardi au samedi à 20 h, diamnche à 15 h.
Odéon-Théâtre de l’Europe, Atelier Berthier, Paris 17e, 01 44 85 40 40.
>> theatre-odeon.fr

Jean Grapin
Mercredi 16 Mai 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024