La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Le théâtre, lieu de l'émerveillement… lieu d'élaboration du rêve de la liberté

"Les messages d'amour finiront bien par arriver", 7e édition d'Adolescence & Territoire(s)

C'était le 15 décembre 2018, vingt-quatre jeunes femmes et jeunes hommes se sont lancés en purs amateurs dans une aventure théâtrale conduite par l'Odéon Théâtre de l'Europe. Vingt-quatre jeunes gens venant de tous les horizons, venant des communes proches ayant pour épicentre les ateliers Berthier. Cet espace de création théâtrale au centre d'un chaos urbain de Paris et de sa proche banlieue.



© Anne Sendik.
© Anne Sendik.
Du 21 au 28 mai 2019, leur spectacle "Les messages d'amour finiront bien par arriver", conduit par Marie Piémontèse, est accueilli sous les ovations debout. Jours d'apothéose pour un théâtre du cœur à l'ouvrage.

La mise en scène résonne comme un manifeste. Attentive au processus de création aux effets de l'intelligence collective, Marie Piémontèse met en valeur la personnalité de chaque acteur, faisant des défauts des qualités. Autant de caractères contemporains. Autant de personnages positifs très éloignés des caricatures. Pleins de vitalité et de joie. Réunis pour parler des frontières, des séparations, des désirs, des rencontres.

À l'avant scène se développent les embrouilles que rompt un monsieur loyal nouveau coryphée pour expliquer la catharsis au public tout esbaudi du sentiment de réalité obtenu par ces jeunes comédiens. Le centre de la scène devient lieu des débats, des démonstrations, relie les signes.

© Anne Sendik.
© Anne Sendik.
Au lointain, retenue la parole de la pudeur portée par les vers de Racine. Au centre, la dialectique du théâtre, entre réalité et fiction. Les personnages sont magnifiés et l'image projetée amplifie le phénomène. Les voix, les langages étrangers entrent en consonance. Les frontières s'abolissent. Le spectacle explore les lisières, la scène de théâtre fait trait d'union. Un no man's land où tout est possible.

Les mouvements d'ensemble respirent, suivent les codes de la danse contemporaine. Fluides, ils se dilatent et se contractent. Isolant des solitudes, des confrontations, des échanges, des fusions, des effusions. L'ensemble est porté comme par une grâce au service de l'ouvrage, au service de la Beauté, de la Sensibilité dont il est fait cadeau.

Assurément, la scène de théâtre en citant (et mettant en oeuvre discrètement) Tadeusz Kantor révèle au public toutes les possibilités du lieu de la scène pensée comme une chambre obscure, une chambre de l'imagination.

© Anne Sendik.
© Anne Sendik.
Réunissant métaphore et métonymie, le théâtre est le lieu de l'émerveillement, le lieu d'élaboration du rêve de la liberté et de la conscience du monde. Comme la découverte d'une clairière au sein d'une forêt profonde. Comme une approche de Shakespeare qui ne se dit pas.

Lorsque les derniers vivats auront retenti les échos de cette aventure théâtrale feront de ses acteurs, les parrains, les passeurs de l'aventure d'un théâtre à perpétuer.
As you like it.

"Les messages d'amour finiront bien par arriver"

© Anne Sendik.
© Anne Sendik.
Adolescence & Territoire(s) - 7e édition.
Texte et mise en scène : Marie Piemontese et Florent Trochel.
Création vidéo : Florent Trochel.
Assistant : David Charier.
Avec : Roxanne Antilogus, Telma Bello, Yanis Ben Ouali, Clarysse Beuve,
Flavia Brito Fernandes, Angèle Carnoy, Alix De Broca, Anouck Desmats,
Haby Diallo, Oscar Felicite, Rayan Hadidane, Singh Harmandeep, Aksel Larbi,
Faith Lecocq, Marieme Lo, Salimata Minte, Robert Moundi, Matéo Nezick,
Denisa Oros, Mateo Pical, Elisa Ranjalahy, Adam Rioland, Charlotte Vuagnat,
Lu Zheng.

© Anne Sendik.
© Anne Sendik.
Mardi 28 mai à 20 h.
Espace 1789, Saint-Ouen (93), 01 40 11 70 72.
>> espace-1789.com
Entrée libre.

Les précédentes représentations
Vendredi 24 et samedi 25 mai 2019 à 20 h aux Ateliers Berthier, Paris 17e.
À l'issue de la représentation, a été projeté le film "Je nous promets" de Clémentine Baert avec les jeunes de la 6e édition d'Adolescence et territoire(s), dans le cadre du programme "Que faire ?", en partenariat avec La Fabrique du Regard - le BAL, le T2G.
Lundi 27 mai 2019 à 20h au T2G - Théâtre de Gennevilliers (92).

Jean Grapin
Mardi 28 Mai 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

"La Chute" Une adaptation réussie portée par un jeu d'une force organique hors du commun

Dans un bar à matelots d'Amsterdam, le Mexico-City, un homme interpelle un autre homme.
Une longue conversation s'initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur, exerçant dans ce bar l'intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet.

© Philippe Hanula.
Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d'avocat parisien. Une vie réussie et brillante, jusqu'au jour où il croise une jeune femme sur le pont Royal à Paris, et qu'elle se jette dans la Seine juste après son passage. Il ne fera rien pour tenter de la sauver. Dès lors, Clamence commence sa "chute" et finit par se remémorer les événements noirs de son passé.

Il en est ainsi à chaque fois que nous prévoyons d'assister à une adaptation d'une œuvre d'Albert Camus : un frémissement d'incertitude et la crainte bien tangible d'être déçue nous titillent systématiquement. Car nous portons l'auteur en question au pinacle, tout comme Jacques Galaud, l'enseignant-initiateur bien inspiré auprès du comédien auquel, il a proposé, un jour, cette adaptation.

Pas de raison particulière pour que, cette fois-ci, il en eût été autrement… D'autant plus qu'à nos yeux, ce roman de Camus recèle en lui bien des considérations qui nous sont propres depuis toujours : le moi, la conscience, le sens de la vie, l'absurdité de cette dernière, la solitude, la culpabilité. Entre autres.

Brigitte Corrigou
09/10/2024
Spectacle à la Une

"Dub" Unité et harmonie dans la différence !

La dernière création d'Amala Dianor nous plonge dans l'univers du Dub. Au travers de différents tableaux, le chorégraphe manie avec rythme et subtilité les multiples visages du 6ᵉ art dans lequel il bâtit un puzzle artistique où ce qui lie l'ensemble est une gestuelle en opposition de styles, à la fois virevoltante et hachée, qu'ondulante et courbe.

© Pierre Gondard.
En arrière-scène, dans une lumière un peu sombre, la scénographie laisse découvrir sept grands carrés vides disposés les uns sur les autres. Celui situé en bas et au centre dessine une entrée. L'ensemble représente ainsi une maison, grande demeure avec ses pièces vides.

Devant cette scénographie, onze danseurs investissent les planches à tour de rôle, chacun y apportant sa griffe, sa marque par le style de danse qu'il incarne, comme à l'image du Dub, genre musical issu du reggae jamaïcain dont l'origine est due à une erreur de gravure de disque de l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, en mettant du reggae en version instrumentale. En 1967, en Jamaïque, le disc-jockey Rudy Redwood va le diffuser dans un dance floor. Le succès est immédiat.

L'apogée du Dub a eu lieu dans les années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt. Les codes ont changé depuis, le mariage d'une hétérogénéité de tendances musicales est, depuis de nombreuses années, devenu courant. Le Dub met en exergue le couple rythmique basse et batterie en lui incorporant des effets sonores. Awir Leon, situé côté jardin derrière sa table de mixage, est aux commandes.

Safidin Alouache
17/12/2024
Spectacle à la Une

"R.O.B.I.N." Un spectacle jeune public intelligent et porteur de sens

Le trio d'auteurs, Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz, s'emparent du mythique Robin des Bois avec une totale liberté. L'histoire ne se situe plus dans un passé lointain fait de combats de flèches et d'épées, mais dans une réalité explicitement beaucoup plus proche de nous : une ville moderne, sécuritaire. Dans cette adaptation destinée au jeune public, Robin est un enfant vivant pauvrement avec sa mère et sa sœur dans une sorte de cité tenue d'une main de fer par un être sans scrupules, richissime et profiteur.

© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

Le spectacle s'adresse au sens inné de la justice que portent en eux les enfants pour, en partant de cette situation aux allures tristement documentaires et réalistes, les emporter vers une fiction porteuse d'espoir, de rires et de rêves. Les enfants Robin et Christabelle échappent aux services sociaux d'aide à l'enfance pour s'introduire dans la forêt interdite et commencer une vie affranchie des règles injustes de la cité et de leur maître, quitte à risquer les foudres de la justice.

Bruno Fougniès
13/12/2024