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Théâtre

"Hôtel Feydeau" a le parfum discret, le flaconnage joyeux… d'un rêve de vaudeville

"Hôtel Feydeau", Théâtre de l'Odéon, Paris

"Hôtel Feydeau" est une fantaisie théâtrale que Georges Lavaudant élabore en faisant se miroiter des petites pièces de Georges Feydeau : auteur qu’il connaît bien. Dans cette proposition de spectacle, les clients d’un hôtel sont joués, mimés, moqués par les serviteurs. Comme saisis sur le vif.



© Thierry Depagne
© Thierry Depagne
La pièce réunit des extraits de "Feu la mère de madame", "On purge bébé !", "Léonie est en avance", "Mais n’te promène donc pas toute nue !" et "Cent millions qui tombent" qui sont réduites (c’est le moins que l’on puisse dire) à leur plus simple expression. Georges Lavaudant en expose la structure, la partie la plus intime : celle du dialogue, du duel plutôt, qui oppose les hommes et les femmes réunis dans cet univers fermé que l’on appelle un couple marié.

Mari et femme qui, unis par le mariage bourgeois, bataillent pour la détermination de la frontière de l’intime et de la convenance. Dont les avis divergent. Ce duel pénible pour les protagonistes est particulièrement savoureux pour le spectateur. Car, dans cet univers fermé, la frontière est mouvante et change selon la personne et selon les circonstances.

Il suffit d’un tiers, simple voisin, serviteur plus ou moins pervers ou idiot, ami plus ou moins bien intentionné, pour que remonte à la surface toute la trivialité du monde, se durcissent tous les préjugés et que s’exacerbe la guerre des sexes. L’état du mariage est une farce noire.

© Thierry Depagne
© Thierry Depagne
"Hôtel Feydeau" est rythmé par des intermèdes chorégraphiés. Chaque extrait des différentes pièces se fond, se métamorphose en un corps de ballet. Celui de serviteurs stylés et facétieux prenant, avec l’aide de leurs plumeaux, le rôle de leurs maîtres. Le spectacle est pétulant à la manière d’une revue de music-hall, d’une comédie musicale des années folles. Les personnages évoluent sur un fond blanc immaculé et lumineux, pastillé de touches aux couleurs pastel acidulé. Ces Saturnales sont des plus retenues. Les lendemains pourraient déchanter.

Le spectacle est raffiné élégant esthétique. Georges Lavaudant ne commet pas l’impair qui serait de faire de sa proposition une comédie musicale à part entière avec chansons à succès et refrain. Hôtel Feydeau a le parfum discret, le flaconnage joyeux et passe ainsi comme un rêve de vaudeville.

Cet exercice rigoureux de haute voltige provoque un rire de délassement des plus agréables.

"Hôtel Feydeau"

© Thierry Depagne
© Thierry Depagne
D’après Georges Feydeau.
Mise en scène, adaptation, lumière : Georges Lavaudant.
Assistante à la mise en scène : Fani Carenco.
Dramaturgie : Daniel Loayza.
Avec : Gilles Arbona, Astrid Bas, Lou Chauvain, Benoit Hamon, Manuel Le Lièvre, André Marcon, Grace Seri, Tatiana Spivakova.
Décor, costumes : Jean-Pierre Vergier.
Assistante aux costumes : Géraldine Ingremeau.
Son : Jean-Louis Imbert.
Maquillage, coiffure, perruque : Sylvie Cailler, Jocelyne Milazzo.
Chorégraphie : Francis Viet.
Collaborateur artistique : Moïse Touré.
Cie LG Théâtre.
Durée : 1 h 25.

© Thierry Depagne
© Thierry Depagne
Du 6 janvier au 12 février 2017.
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h.
Odéon Théâtre de l'Europe, Paris 6e, 01 44 85 40 40.
>> theatre-odeon.eu

Tournée
27 et 28 février 2017 : La Comète - scène nationale, Châlons-en-Champagne (51).
5 au 7 octobre 2017 : Théâtre de l’Archipel - scène nationale, Perpignan (66).

Jean Grapin
Mardi 17 Janvier 2017

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