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"Africapitales"… Arts, rythmes et rencontres de Dakar à Paris

Du 17 au 30 mars s’est déroulée la 4e édition d'Africapitales, création originale du Lavoir Moderne Parisien afin de lier artistiquement une capitale du continent africain avec Paris. Après Cotonou en 2024, place cette fois-ci à Dakar et à un hommage à Germaine Acogny, figure majeure de la danse sénégalaise. Autour de table-rondes, de débats, de théâtre, de musique, de photographies, de danses, de performance, de design, de mode, d’arts visuels et de cinéma, le Lavoir Moderne Parisien continue sa mission de relier et de rassembler les cultures et les peuples. Incursion dans deux spectacles avec un concert de Guiss Guiss Bou Bess et une lecture inspirée d'une œuvre de Césaire.



Pa Assane, Stéphane Constantini, Mara Seck © Ibrahima Ba Sane.
Guiss Guiss Bou Bess signifie "Nouvelle vision" en Wolof. Créé en 2016 et composé de Mara Seck, le percussionniste Babacar Diop et le beat maker Stéphane Costantini, ils sont créateurs de l’électro Sabar qui plonge ses racines dans le Sabar qui désigne autant un style de musique, une fête nationale, une danse qu’un instrument de percussion au Sénégal.

Autant chanteur, danseur que percussionniste, Mara Seck, leader du groupe, a une riche lignée artistique à son actif avec son père, Alla Seck, qui a fait partie du groupe "Le Super Étoile de Dakar" fondé en 1979 par Youssou N’Dour, qui l’accompagnait en s’inspirant des rythmes du pays pour les bousculer et les révolutionner.

L’électro Sabar marie les percussions traditionnelles du Sabar avec différentes tendances musicales modernes comme les basses UK garage, le grime, le dub step et les beats house. Sur scène, celles-là sont jouées, côté jardin, debout avec les deux mains ou à l’aide d’une baguette quand côté cour, Stéphane Costantini apporte une touche de musique électronique créant un double tempo entre les battements secs, rapides et sonores des premières avec la ligne mélodique fluide et légère qu’il apporte. Le rythme est très vif.

Adama Diop et Laure Magnien © Ludmila Desnoyer-Rossin.
Puis sur scène, place à la danse du même nom. Les gestes sont en tension avec des balancements de bras et de jambes très rythmés. Quelques déhanchements et pauses sont aussi de la partie, sur des notes finales pour les premiers, quand, pour les secondes, elles sont faites en préambule d’un solo. C’est aussi vif, tranché et physique que sensuel dans les gestuelles. Les bras ou les épaules plongent de l’avant à l’arrière avec un léger décalage des jambes, le pied à hauteur des genoux qui fait un pivotement à mi-hauteur pour se rabattre ensuite au sol.

Autre spectacle avec "Cahier d’un retour natal au pays" d’Aimé Césaire adapté par Adama Diop. Elle est une recréation théâtrale de ce poème politique en prose. Anne-Lise Binard au violon alto et Laure Magnien au violoncelle sont une superbe présence musicale et vocale. Elles donnent du relief, de la densité et du volume à l’interprétation d’Adama Diop. On y redécouvre le souffle puissant de la poésie de Césaire, où il donne au texte une présence corporelle et théâtrale.

Le verbe césarien respire, chante, gémit, transpire, glisse autant dans le jeu d’Adama Diop que dans le chant d'Anne-Lise Binard, dans ses solos et gestuelles frappées sur la table d’harmonie de son alto et dans les souffles chantés de Laure Magnien et de son violoncelle. Le verbe devient ainsi musical avec une interprétation talentueuse des deux musiciennes. Elles sont aussi cet autre pendant, cet autre murmure du verbe de Césaire, à la fois si fort, si beau et si obscur. Les gestes, la musique et les voix respirent de poésie. Adama Diop retranscrit la puissance de celle-ci jusqu’à ses non-dits. Les silences sont aussi éloquents et la musique est un lit d’émotions à celle-ci.

La poésie d’Aimé Césaire fait toujours écho à notre actualité, car contemporaine de notre époque, comme un cri humain universel qui parle d’êtres en lutte, le peuple noir de la France d’outre-mer, pour retrouver une dignité et une considération, pour revendiquer une identité sans humilier ou affamer celle de l’autre, son voisin, sa métropole tout en n’oubliant pas méfaits, violences et mépris de celle-ci. C’est intensif et superbe.

Le concert de Guiss Guiss Bou Bess a eu lieu le 28 mars au FGO Barbara.
La lecture théâtrale et musicale de "Cahier d’un retour au pays natal" a eu lieu le 29 mars au Lavoir Moderne Parisien.
◙ Safidin Alouache

"Africapitales"

Anne-Lise Binard, Laure Magnien et Adama Diop. © Ludmila Desnoyer-Rossin.
S'est déroulé du 17 au 30 mars 2025.
Au Lavoir Moderne Parisien, Paris 18e, 01 46 06 08 05.
>> lavoirmoderneparisien.com
https://lavoirmoderneparisien.com/

Guiss Guiss Bou Bess
Avec : Pa Assane, Stéphane Constantini, Mara Seck
Durée : 1 h 45.

"Cahier d’un retour au pays natal"
Une proposition d’Adama Diop.
Texte : Aimé Césaire.
Adaptation : Adama Diop.
Avec : Anne-Lise Binard chant et Alto.
Violoncelle : Laure Magnien.
Durée de la lecture poétique et musicale : 1 h 30.

Safidin Alouache
Vendredi 4 Avril 2025
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